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Réception d’une délégation de l’Université américaine de Tufts

Les Nations Unies sont devenues partie prenante et elle souffrent d’un problème structurel

Fadlallah : Le régime confessionnaliste et certaines personnalités religieuses ont fait du Liban des Etats-désunis !

Son Eminence, L’Autorité religieuse, Muhammad Hussein Fadlallah, a reçu une délégation de l’Université américaine de Tufts comprenant des Etudiants ayant excellé dans leurs études à l’université, et ce dans le cadre de rencontres que les étudiants tiennent avec des hommes politiques et religieux libanais.

Son Eminence a souhaité la bienvenue à la délégation en disant :

Je vous souhaite la bienvenue en tant que groupe de jeunes étudiants universitaires américains qui cherchent la vérité et la connaissance sur le plan scientifique, d’une part, et sur le plan de la réalité politique, d’autre part. Nous accueillons à bras ouverts tous ceux qui cherchent la vérité avec impartialité et objectivité. Nous le faisont avec davantage d’enthousiasme puisque vous représentez les Etats-Unis d’Amérique, ce pays de diversité sur le plan de ses peuples et ses cultures, et qui vit la diversité sur un autre plan, à savoir celui de ses ingérences dans les affaires des autres pays du monde… En vous accueillant, nous vous appelons à insister en posant vos questions et vos interrogations, car notre ère est celle des grandes questions qui exigent des réponses scientifiques et objectives. Nous vous appelons aussi à prendre en considération les mass médias politisés qui, le plus souvent, donnent une image déformée ou une fausse impression au sujet de beaucoup de questions.

Son Eminence a ajouté : Nous croyons au dialogue dans lequel chaque personne ou chaque partie donne son idée, sa pensée, à l’autre, loin des arrière-fonds personnels, dans la fidélité à l’esprit scientifique, car si j’ai le droit de m’opposer à l’autre, et l’autre a le droit de s’opposer à moi. Nous devons, tous les deux, faire du dialogue un point de départ pour la recherche de la vérité perdue, afin de faire du dialogue politique, religieux ou culturel, un vrai mouvement pour l’établissement de la paix mondiale au niveau de tous les peuples.

Dans le cadre de ses réponses aux questions posées par les Etudiants, son Eminence a répondu à une question sur le rôle de la religion dans une société plurielle comme la société libanaise. Il a affirmé à ce propos que la religion ne représente pas un problème, car elle représente les valeurs du Ciel qui s’ouvrent à tous les hommes pour insuffler en eux l’esprit de l’amour et de la tolérance. Le problème se représente, plutôt et le plus souvent, par des religieux fanatiques qui cherchent à expulser l’autre, qui se détournent des points communs entre les écoles et les confessions et se tournent vers les points de désaccords. Il se représente également par beaucoup de responsables politiques qui occupent le sommet du club politique libanais et qui déploient toute leur force pour défendre le régime confessionnaliste.

Le Liban représente une diversité de religions et de confessions. Ce pays aurait pu être un cas singulier sur le plan de l’importance au niveau mondial. Mais le problème vient des institutions religieuses enfermées, d’une part, et du régime confessionnaliste, d’autre part, ce régime qui a transformé les confessions en cercles fermés semblables à des Etats ou plutôt à des Etats-désunis. Le pays ne retrouvera la paix qu’à partir de la citoyenneté qui permet à chacun d’atteindre son but par l’intermédiaire de ses performances, et non pas à partir de ce qui est imposé par le particularisme de chaque confession.

Son Eminence a affirmé que l’administration américaine parle de la démocratie qu’elle pratique en tant que forme et poignarde en tant que contenu, et ce en soutenant les régimes despotiques de la région. Il a également insisté sur le respect que nous portons au peuple américain ainsi que sur le respect mutuel des intérêts réciproques entre les Arabes et les Musulmans, d’une part, et les pays d’Occident, d’autre part, signalant que les peuples de la région ne haïssent pas le peuple américain, mais qu’ils haïssent la politique de ses administrations et son administration actuelle tout particulièrement. En se dressant pour résister à l’occupation, ces peuples ne font que défendre leurs intérêts et leur existence.

Son Eminence a signalé le rôle qui doit être joué par les Nations Unies. Il a dit à ce propos : Nous souhaiterions voir l’Organisation des Nations Unies, puisqu’elle est le gouvernement du monde, gérer le dialogue entre les peuples et agir en vue de préserver la paix et la sécurités mondiales. Mais les Etats-Unis ont bloqué le rôle des Nations Unies et les ont transformées en partie prenante. Ils les ont soumis à leurs pressions pour les contraindre à suivre la ligne américaine qui a permis à Israël de ne jamais appliquer les décisions internationales. C’est pour ces raisons que les Nations Unies ont échoué en Iraq, où elles n’ont pas pu jouer un rôle décisif en raison des pressions américaines. On veut maintenant faire des Nations Unies une partie prenante qui exerce des pressions sur les peuples. Nous pensons que les Nations Unies souffrent d’un problème structurel en raison du pouvoir octroyé à ses membres qui jouissent du droit de veto et qui ne voient que leurs propres intérêts à faire usage de ce droit. A cela s’ajoute l’interdiction faite à l’Assemblée Générale de jouer son rôle même si ses décisions ne sont pas contraignantes.

Tout cela est susceptible de confisquer injustement les droits des peuples. On peut y ajouter le problème issu de la dépendance et la soumission de l’Organisation Mondiale aux Etats-Unis, d’une manière ou d’une autre. Et si l’administration américaine a échoué dans la gestion des principaux dossiers du monde, comment donc s’arroge-t-elle le droit de dicter sa volonté aux Nations Unies et aux peuples du monde, surtout au niveau de ce qui se passe de nos jours ?

Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux

Le Bureau d’Information de son Eminence,

l’Autorité religieuse,

l’Ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah.

Beyrouth, le 07 Rabi I 1428 H /

26 Mars 2007 AP. J. C.