Son Eminence, l’Autorité religieuse, l’Ayatollah Muhammad Hussein
Fadlallah, a affirmé que le vide qui a atteint la présidence de la
république n’est pas préjudiciable à une seule confession mais qu’il
l’est pour tous les Libanais et qu’il laisse ses percussions négatives
affecter la totalité de la vie politique aux Liban.
Il a signalé que la situation dans laquelle nous nous trouvons est le
fait de volontés extérieures et qu’elle est le résultat de maintes
données et erreurs, avertissant qu’il n’est pas sage de rouvrir
d’anciennes plaies ou d’appeler à la discorde.
Son Eminence a appelé les responsables politiques et les chefs de
courants et de partis à instruire leurs bases en usant de paroles
d’amour et en appelant leurs partisans à ne rien faire qui pourrait
avoir une réaction négative. Il a également appelé les personnalités
religieuses à assumer leurs grandes responsabilités pour ne pas
permettre à la culture partisane de trouver des supports ici et là,
affirmant que la paix civile est le dépôt de Dieu entre les mains de
tous, et avertissant que tout glissement vers un labyrinthe politique
risque de conduire à un labyrinthe sécuritaire.
Voici le texte de l’appel lancé par son Eminence aux Libanais au
sujet des dernières évolutions de la situation au Liban :
Les dernières évolutions de la situation au Liban, surtout en ce qui
concerne l’entrée dans le vide au niveau présidentiel, pèsent lourdement
sur tous les Libanais qui ont attendu une lueur d’espoir qui annoncerait
la sortie de cette crise qui les broient depuis des années et qui est
devenue encore plus grave après la guerre d’agression israélienne contre
le Liban.
Le vide actuel n’atteint pas une confession en tant que telle ; ses
retombées n’affectent pas une partie en tant que telle. Il atteint
plutôt tous les Libanais et ses retombées négatives affectent toute la
vie politique libanaise qui est entrée, comme c’est connu de tous, dans
un labyrinthe difficile à parcourir, depuis le moment où la crispation
politique et l’esprit belliqueux ont pris le dessus sur l’esprit de
dialogue et sur le climat de la franchise intérieure. Depuis le moment
où divers axes extérieurs se sont mis à encourager la division
intérieure et à exercer des pressions permanentes afin d’empêcher la
coopération d’être la voie à emprunter pour ramener le pays sur la bonne
voie.
Par conséquent, la situation dans laquelle nous nous trouvons
maintenant est le fait de volontés extérieures et le résultat de maintes
données et erreurs. Il convient d’avertir qu’il n’est pas sage de
rouvrir d’anciennes plaies ou d’appeler à la discorde. Ce qui est
demandé est le retour vers soi de la part de tous, et surtout des
responsables politiques de toutes les parties, pour réfléchir, de sang
froid, loin de tout pari sur des promesses provenant de telle ou telle
partie internationale ou régionale. Les Libanais ont eu connaissance de
ces promesses qui n’ont d’autre finalité que de susciter la discorde
entre eux pour boire leur sang, pour manger leur chair, pour extorquer
leur sécurité politique et économique et pour les abandonner sous
l’emprise du chaos et de la destruction.
Etant donné ces conditions difficiles, nous nous adressons aux
responsables politiques et aux chefs de courants et de partis pour leur
dire qu’il ne suffit pas de prodiguer aux Libanais des paroles leur
promettant le calme, la stabilité et la tranquillité. Nous leurs disons
qu’ils ne devraient pas créer des climats tendus par leurs paroles qui
se font entendre de temps à autre, qu’ils devraient instruire leurs
bases en usant de paroles d’amour, de paix et de respect de l’autre, et
appeler leurs partisans à ne rien faire qui pourrait avoir une réaction
négative et conduire le pays vers la discorde et la guerre, à un moment
où ils promettent Sécurité et salut au peuple.
Nous nous adressons également aux personnalités religieuses,
officielles et non officielles, pour leur demander de craindre Dieu et
de contrer toute attitude politique irréfléchie avec l’esprit de
tolérance, la mentalité d’ouverture et l’instruction visant à barrer la
route à tous ceux qui tentent de tripoter la sécurité des gens sur le
plan social, politique et autre, que ceux-là fassent partie ou non de
leurs confessions. Il en est ainsi car ceux qui appartiennent aux
instances religieuses doivent donner l’exemple en appelant à l’amour et
à la clémence, et ne pas laisser leurs complexes personnels et à leurs
penchants catégoriels ajouter plus de tensions et de complication à la
situation actuelle.
Nous appelons les personnalités spirituelles à assumer leurs grandes
responsabilités dans ces conditions difficiles et de ne pas permettre
aux sensibilités confessionnelles ou à la culture partisane de trouver
des supports dans telle ou telle confession ou à l’intérieur de telle ou
telle communauté religieuse. Les feux des sensibilités et des passions
qui émanent des instances religieuses dirigeantes sont plus destructeurs
que tous les autres feux car ils conduisent à la discorde, à la
destruction et aux grands dégâts. Nous espérons donc voir ces
personnalités assumer leurs responsabilités pour barrer la route à ceux
qui sèment la discorde et qui l’évoquent à toute occasion.
Nous appelons aussi tous les Libanais sous toutes leurs confessions,
leurs communautés et leurs couleurs politiques, à ne pas écouter tous
ceux qui cherchent à provoquer la discorde dans leur propre pays, et
tous ceux qui les incitent à s’entretuer, car le temple finira ainsi par
s’effondrer au-dessus de tous.
Nous entendons des discours et des thèses qui lient l’issu de la
crise libanaise aux résultats du sommet d’Annapolis et aux péripéties de
la crise dans la région. Nous disons aux Libanais et aux responsables en
particulier : Si certains dans le monde cherchent à prendre votre pays
en otage dans le contexte de la crise régionale, pourquoi ne vous vous
attelez pas, de votre côté, à la tâche de protéger votre pays et de
créer votre entente intérieure au détriment de ceux qui, parmi les
pourvoyeurs des axes internationaux et régionaux, utilisent comme
commerce les causes des peuples ? Pourquoi n’agissez pas en sorte que
cette partie libanaise vous soit plus proche que telle ou telle partie
régionale ou internationale ?
Nous disons à tous : La paix civile est le dépôt de Dieu entre vos
mains. Gardez-vous donc de tout glissement vers un labyrinthe politique
qui risque de conduire à un labyrinthe sécuritaire. Gardez-vous de tout
saut dans le vide ou dans l’inconnu !
Adressez-vous les uns aux autres avec un esprit sérieux de dialogue
qui ne vise à exclure personne et vous trouverez que la voie est d’accès
facile, que les espaces du dialogue vous conduiront vers des ententes
qui redonneront aux Liban sa présence et son existence. Sinon le Liban,
ses habitants et son avenir seront engouffrés par l’abîme des ténèbres
où reposent la perdition et la destruction.