Fadlallah : Nous sommes entrés dans la zone du danger
et nous craignons pour le sort du pays et non pas seulement pour son
avenir à court terme !
Son Eminence, l’Autorité religieuse, l’Ayatollah
Muhammad Hussein Fadlallah, a averti les Libanais que jouer sur les
contradictions arabes ne sera pas utile pour leur cause, signalant que
l’administration américaine cherche à créer des divisions et des climats
arabes tendus pour inciter les Arabes à s’éloigner les uns des autres et
à dialoguer avec Israël.
Son Eminence a affirmé que l’administration du
président Bush tripote les relations interarabes et assujettit les rôles
politiques dans la région à sa stratégie et à ses intérêts afin de
pousser la normalisation arabe avec l’ennemi à son plus haut niveau.
Il a en outre exprimé sa crainte de voire le Liban
entrer dans la zone du danger dans des conditions où l’on adopte
l’option de la « pire parole » au niveau du discours intérieur,
avertissant que la crainte touche le sort du pays et non pas seulement
son avenir à court terme.
Voici le texte de la déclaration donnée par son
Eminence à ce sujet :
Le Liban est entré dans la zone du danger dans une
situation devenue encore plus difficile suite à l’accumulation de
problèmes économiques et sociaux, mais aussi à la rupture politique qui
devient plus aigue avec les polémiques qui ont prouvé que certains
insistent au Liban à adopter l’option de la « pire parole » et à aller
trop loin dans un processus visant à corrompre la mentalité générale des
gens et à orienter les générations vers le fanatisme politique,
partisan, confessionnel et même familial. Cela même si ce processus
conduit à un état d’errance générale au niveau national et à un avenir
sombre à court et à long terme pour tout le pays. Nous éprouvons des
craintes pour le sort du pays dans les conditions où certains
l’hypothèquent auprès de parties extérieures qui ne respectent que leurs
propres intérêt sans aucune pitié pour ce petit pays.
Nous sommes sur le point de nous engager dans une
phase de ténèbres politiques et d’instabilité sur tous les plans au
Liban. Le pays est arrivé à un carrefour périlleux de routes régionales
et internationales. L’administration américaine tient de plus en plus à
s’approprier une position au Liban qui lui permettrait de sauver la face
après les pertes politiques et militaires subies par les Etats-Unis dans
la région. A cet effet, elle tripote les relations interarabes et
assujettit les rôles politiques au Liban et dans la région à sa
stratégie visant à empoisonner les relations entre les pays arabes puis
entre ces pays et leur environnement musulman. En revanche elle se met à
pied d’œuvre afin de pousser, à son plus haut niveau, la normalisation
entre Israël et « l’axe de la modération arabe » créé par Washington
pour former un front uni avec Israël.
Nous remarquons que certains Arabes ne sont pas
conscients de cette manœuvre américaine. Nous entendons ici et là des
déclarations qui compliquent les relations interarabes sans prendre en
considération les intérêts généraux des Arabes. Nous remarquons aussi
que les aspects personnels dans les relations entre certains dirigeants
arabes rendent les choses encore plus négatives.
Nous avons des craintes face à ces divisions qui ont
commencé à surgir sur la scène arabe, car elles constituent une arme que
l’actuelle administration américaine utilise pour disperser les
positions arabes et les pousser vers le chaos constructif inventé par
les néo conservateurs américains afin de créer un climat politique et
sécuritaire propice aux intérêts d’Israël et des Etats-Unis. On est
peut-être sur le point de voir naître des néo conservateurs arabes à la
mode américaine.
Il est à craindre de voir ce nouveau tourbillon
emporter une certaine catégorie, au niveau d’un certain régime arabe,
accourir vers Israël tout en rompant avec les Arabes, avec leur tissu
ethnique, religieux et politique, car la logique utilisée par
l’administration du président Bush vise à ouvrir des tuyaux de dialogue
directes ou indirectes entre les Arabes et Israël et, en même temps, à
obstruer les tuyaux de dialogue directes ou indirectes entre tel et tel
pays arabe. C’est justement le cas dans le dossier palestinien où l’on
dit à l’Autorité palestinienne que toute ouverture envers Hamas est une
trahison qui sera suivi d’une punition, et que la rupture avec Hamas lui
permettrait d’avoir des parts du miel et du beurre qui coulent sur la
table israélienne.
Nous disons aux Arabes qu’aller trop loin en suivant
cette voie détruira beaucoup d’éléments de leur propre stabilité. Il
donnera lieu au surgissement de beaucoup d’instabilité à l’intérieur de
tel ou de tel pays arabe et qu’Israël sera le plus grand gagnant dans ce
jeu de divisions arabes qui sera, lui aussi utilisé par les Etats-Unis,
comme une carte dans la confrontations entre telle ou telle partie. Pour
toutes ces raisons, nous demandons à ceux qui ont encore conservé
quelques sens de responsabilité envers leur avenir et celui de leurs
pays et de leur nation sur la scène arabe d’agir pour mettre fin à ces
divisions avant que le temple ne soit démoli au dessus de tous les
arabes.
Nous demandons aux Libanais de savoir que jouer sur
les contradictions arabes ne sera d’aucune utilité pour leur cause, mais
qu’il rendra leurs problèmes encore plus difficiles à résoudre. Ils
doivent donc se montrer responsables et ne pas entrer sur la ligne des
divisions avec leurs discours acharnés et lancés à l’aveuglette. Ils
doivent se conduire comme des secouristes et des pompiers pour éteindre
les incendies politiques de l’intérieur, ce qui pourrait préparer un
climat de calme nécessaire pour retrouver des oasis dans cet large
désert arabe et musulman.