Son Eminence, l’Autorité religieuse, l’Ayatollah
Muhammad Hussein Fadlallah, a affirmé, dans un communiqué, que
l’impression générale au Liban va dans le sens que les responsables
religieux et les chefs des confessions possèdent la capacité de
compliquer plus d’un problème et de trouver des solutions à plus d’un
dossier. Il s’est interrogé : Pourquoi ceux-là ne se chargent-ils pas de
gérer la réalité libanaise comme s’ils étaient les vrais gouverneurs du
Liban ?!
Son Eminence s’est dit d’avis que les ingérences des
ambassadeurs étrangers dans les détails de la vie politique et dans les
affaires intérieures du pays ont provoqué un vacarme intérieur ouvert à
plus d’un vacarme régional et international et a fait du Liban une carte
dans le jeu des nations, une carte dans le jeu de la mort politique dans
la région.
Son Eminence a ajouté : Parmi les phénomènes qui
grouillent dans la réalité libanaise, on remarque deux phénomènes
saillants :
Le premier est en relation avec ce que l’on appelle
au Liban « les hommes de religion ». On dit fréquemment que ceux-là,
surtout ceux qui se meuvent dans les positions et les postes religieux,
n’interviennent pas dans la politique et qu’ils se contentent de
distribuer leurs bénédictions à ceux qui les demandent ou qui en ont
besoin, ou même à ceux qui, parmi les commerçants de la politique ici et
là, les utilisent comme des marchandises.
Pourtant, la réalité révèle un aspect différent, à
savoir que les responsables religieux officiels interviennent dans tous
les détails politiques et n’hésitent point de couvrir cette partie-ci ou
cette partie-là. Certains d’entre eux peuvent même faire partie de
l’activité politique dans l’intérêt d’une partie déterminée, mais tout
en émettant un discours vague visant à donner l’impression qu’ils sont à
distance égale de tous.
Nous ne voulons pas reprocher à ceux-là et autres
parmi ceux qui s’activent dans le cadre religieux leurs interventions
dans les affaires politiques, car nous pensons que c’est l’un de leurs
droits naturels. Mais la question qui se pose va beaucoup plus loin dans
la mesure où certains d’entre eux se proposent de gérer le jeu politique
et tiennent la plupart de ses clés en intervenant même dans les détails,
et même en parlant de la nécessité, pour les responsables religieux, de
ne pas intervenir dans les affaires politiques.
Cette ingérence manifeste et résolue de la part de
ceux-là, à partir de leurs éminents et officiels statuts religieux donne
l’impression, étant donné la nature du régime confessionnel, que les
responsables religieux sont les vrais gouverneurs du Liban, et que le
régime confessionnel protège leur autorité d’une façon ou d’une autre.
De plus, elle leur fournit l’occasion de soutenir ce courant
politique-ci ou cette personnalité politique-là, ce qui donne à penser
que les chefs des confessions sont les hommes politiques du Liban qui
participent, par le biais de leurs relations et leurs ingérences, à
compliquer plus d’un problème et à trouver des solutions à plus d’un
dossier… C’est du moins l’impression générale qu’ont tous les Libanais
et, de ce fait, il serait difficile de prétendre le contraire.
Cette impression et cette réalité obligent beaucoup
de personnes concernées de se poser la question suivante : Pourquoi on
ne charge pas ceux-là de gérer la réalité libanaise d’une façon
politique directe et affichée ? Et pourquoi ne prennent-ils pas le
devant de la scène politique pour négocier et dialoguer en tant que
dirigeants authentiques et non pas par procuration ?
L’autre phénomène qui existe au Liban est qu’il est
le seul pays au monde où l’on donne aux ambassadeurs, surtout aux
ambassadeurs des grandes puissances, toute la liberté de commenter les
affaires intérieures et de s’ingérer dans les détails de la question
libanaise. Certains d’entre eux n’hésitent même pas de donner des
instructions à des personnalités politiques, se donnent, en violation de
toutes les lois, une marge assez large dans leurs déplacements sur le
terrain et dans le champ politique, font des suggestions aux autorités
libanaises elles-mêmes leur demandant de suivre une ligne politique
donnée, et interviennent, jusqu’à l’extrême, dans les relations entre
les confessions et les partis politiques. On est arrivé même à voir des
journalistes qui travaillent pour des chaînes libanaises et arabes poser
à ces ambassadeurs et représentants des puissances étrangères des
questions sur les plus infimes détails de la question libanaise,
exactement comme si ces journalistes étaient complètement convaincus que
ces ambassadeurs possèdent le pouvoir de trancher au sujet de cette
question… Tout cela est ouvert à un vacarme intérieur Qui est, lui-même,
ouvert à plus d’un vacarme régional et international, et donne
l’impression que le Liban n’est pas un pays qui prend lui-même ses
propres décisions, mais un pays qui attire les autres afin de lui
déterminer ses options politiques, même si ces autres n’ont, quant à
leurs activités et leurs buts, aucune fidélité vis-à-vis de ce petit
pays… Qu’est ce qui reste, après tout cela, des mots tels que la
souveraineté, l’indépendance et la liberté ? Où est, après tout cela, la
dignité nationale dans les conditions de cette humiliation, de cette
divagation et de cet égarement qui font du pays un outil dans le jeu des
Nations et une carte parmi les cartes des grands dans le jeu de la mort
politique dans la région ?