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Unissons-nous pour relever les défis

Interview avec son Eminence, as-Sayyid Muhammad Hussein Fadlallah accordée à islamonline.net

Son Eminence, as-Sayyid Muhammad Hussein Fadlallah prononce un avis juridique (fatwa) où il déclare illicite le fait d’insulter les Compagnons

Ce que le secrétaire général de Hezbollah a dit ne concernait que les civils

 

Question 1 : Il existe des interférences nettes entre le local, le régional et l’international en ce qui concerne l’affaire libanaise. C’est comme si l’anarchie à l’intérieur du pays est téléguidée par une partie extérieure, surtout que certains éléments de « Fath al-Islam » sont des éléments extérieurs venus d’autres pays arabes. Quelle est, à votre avis, la partie extérieure invisible ? Et quelle est la partie qui en profite ?

Réponse : En nous penchant sur l’étape actuelle que traverse le Moyen-Orient, nous constatons que l’administration américaine se conduit de manière à vouloir contrôler les ressources de la région, ses richesses économiques, sa situation stratégique et ses possibilités sécuritaires. Lorsque nous nous penchons sur le discours de cette administration, nous constatons que ses projets reflètent les ambitions des Etats-Unis comme Etat impérial qui tente de dominer le monde et qui se conduit, au moyen de la violence politique, de la violence sécuritaire ou de la violence économique, de manière à vouloir contenir tous les projets et toutes les lignes qui divergent par rapport à ses politiques. Pour cette raison, lorsque nous étudions la réalité qui prévaut dans la région, nous constatons, que ce soit à travers al-Qa’ïda et ses différentes ramifications qui prennent toute sorte de noms, qu’elle se conduit en mettant à profit le mouvement de lutte dans la région à travers le chaos sécuritaire prôné par le président Bush qu’il considère comme un chaos créateur ou constructif. Nous savons que al-Qa’ïda n’existait pas en Iraq avant la chute du précédent régime tyrannique, et que l’Iraq est devenu une base pour toutes ces tendances excommunicatrices qui partent de maintes pensées salafites qui considèrent certains Musulmans comme des mécréants qu’il est loisible de répandre leur sang. Ce que nous remarquons au Liban est la présence de maintes parties régionales, internationales ou locales qui s’emploient à vouloir brouiller les cartes de manière à créer des climats propices à certains projets américains dans la région.

Question 2 : Quels sont les effets possibles des événements en cours sur les rapports entre Sunnites et Chiites au Liban, surtout à la lumière des divergences politiques qui ont lieu dans le pays ?

Réponse : Je ne pense pas que les événements en cours puissent avoir une quelconque influence sur la question des Sunnites et des Chiites. Ces événements ne sont pas d’origine théologique, mais nous savons qu’il y a ici et là des conflits politiques entre des parties politiques appartenant au camp de l’opposition ou au camp du pouvoir ou de la majorité. Ce conflit n’est pas issu de particularités doctrinales, car chacune de l’opposition et des loyalistes ont leurs partisans dans toutes les confessions. Des personnalités libanaises ont tenté de provoquer un conflit confessionnel à partir de certains arrière-fonds parmi ceux que l’on trouve chez les dirigeants confessionnels et sectaires afin de nourrir le climat que les Etats-Unis ont tenté de provoquer dans la région dans le sens de la discorde entre Sunnites et Chiites. Mais nous pensons que ceux-là n’ont pas réussi à provoquer la question au Liban d’une manière qui pourrait constituer un danger pour les relations confessionnelles entre Sunnites et Chiites.

Quant aux événements du Nord, ils ne sont pas issus d’une position chiite face à une position sunnite. On peut plutôt, si l’on voulait utiliser certains termes, dire que le conflit oppose des Sunnites à d’autres Sunnites, ou que le problème est celui du pouvoir et des hors-la-loi qui s’opposent au pouvoir.

Question 3 : Comment lisez-vous l’attitude de Sayyid Hassan Nasrallah à l’égard des confrontations du Nord lorsqu’il a dit que la prise d’assaut du camp est une ligne rouge ?

Réponse : Je pense que l’homme était sage quant aux idées qu’il a avancées. Il tentait d’étudier la question d’une manière réaliste et conforme aux conditions qui entourent le problème dans ce domaine. Si certains ont commenté ses déclarations lorsqu’il a dit que la prise d’assaut du camp est une ligne rouge, ses déclarations portaient sur les civils et ne mettaient pas à pied d’égalité l’armée libanaise et ceux qui ont commis des agissements négatifs contre cette armée.

Question 4 : Vous avez dit dans l’une des vos conférences que le souci de l’unité de la Nation est un souci humain en premier lieu et que l’unité ne se réalise que lorsque l’homme réalise la concordance avec lui-même et arrive à bien gérer ses désaccords intérieurs et ses conflits. Quelle est votre thèse pratique pour arriver à ce modèle et l’adopter dans l’éducation des générations ?

Réponse : Nous pensons que la cause de l’Islam dans le monde et ses prolongements dans la réalité islamique au niveau de la Nation exigent la rencontre au niveau de ce qui fait l’accord des Musulmans. A partir de cet accord, il faut entamer un dialogue objectif, rationnel et humain au sujet des désaccords et ce sur la base de la parole divine qui dit : ((Si vous êtes en désaccord grave sur une affaire, déférez-la à Dieu et au Messager)) (Coran IV, 59), car lorsqu’on étudie les désaccords des Musulmans, nous constatons que le point essentiel qui est à l’origine de ces désaccords est celui de l’imâmat et du califat. Et lorsqu’on étudie l’époque dans laquelle les Musulmans ont été en désaccord sur cette question, nous trouvons que l’Imâm ‘Alî Ibn Abû Tâlib (p), qui est l’homme que beaucoup de Musulmans reconnaissent son droit à l’imâmat et au califat, a traité la question d’une manière islamique et responsable qui préserve l’Islam et les Musulmans. On l’a constaté au niveau de sa relation avec les califes qui l’avaient précédés et auxquels il donnait des conseils et répondait à leurs consultations avec amour et ouverture. Il allait même jusqu’à donner des avis qui sauvaient certains de la mort.

L’Imâm ‘Alî (p) a dit : « Je me soumettrai tant que les affaires des Musulmans seront respectées et tant que je serai le seul à être traité injustement ».

Et lorsqu’il a entendu les Iraquiens, ses soldats, insulter les Syriens, ses ennemis, il leur a dit : « Je déteste que vous les insultiez. Il vaut mieux et il est plus convaincant de parler de leurs mauvaises actions ou de dire : ‘Seigneur ! Epargne notre sang et le leur, fais que nous nous réconcilions et dirige-les pour les faire sortir de leur égarement… Cela est d’autant plus utile qu’il permet de faire connaître la vérité à ceux qui ne la connaissent pas, et d’inciter ceux qui optent pour l’injustice et l’agression à réviser leurs attitudes ».

Nous pensons que ‘Alî (p) est le précurseur de l’unité islamique. Il incarne cette unité qui s’ouvre à l’autre malgré les éléments de désaccords au sujet des questions vitales ici et là. Pour cette raison, nous pensons que les Musulmans devraient suivre cette voie et agir sur la base de la rencontre autour d’une parole commune. Il existe entre nous et les Gens du Livre beaucoup de différences doctrinales dans des questions fondamentales, mais Dieu nous demande de chercher les points communs avant de chercher les désaccords. Et c’est à cela que nous appelons les Musulmans surtout dans les conditions actuelles où toute la mécréance et toute l’arrogance lancent le défi à tout l’Islam. Nous pensons que la phase actuelle ne supporte aucune provocation de sensibilité, de fanatisme ou de questions qui exciteraient les Musulmans ici et là. Et c’est pour cette raison que nous avons adressé à la réalité islamique notre avis juridique (fatwa) qui considère comme illicite pour tout Musulman et pour toute Musulmane d’insulter les Compagnons du Prophètes (P), de leur porter atteinte ou de porter atteinte aux Mères des croyants. Nous devons, au contraire, respecter tous les Compagnons même si nous ne nous accordons pas avec certains d’entre eux au sujet de certaines lignes ou de certaines questions.

Quant à l’éducation des générations, nous devons étudier la question dans les deux cercles suivants :

Le premier est le cercle culturel que ce soit dans le cadre de l’étude de l’histoire et de tout ce qui a eu lieu dans l’histoire afin de réviser tout ce qui a pu y pénétrer en matière de traditions et de rapports peu authentiques visant à déstabiliser la réalité islamique en y provoquant des haines et des fanatismes.

Le second est le cercle politique où les Musulmans sont visés par le grand défi qui leur est lancé par l’administration américaine qui s’emploie, comme l’a reconnu un grand responsable arabe, à vouloir détruire l’Islam. Tout le monde sait qu’après la chute de l’Union soviétique, l’Alliance atlantique s’est réunie pour fixer quel sera le nouvel ennemi. Et c’est alors que le premier ministre britannique, Margaret Thatcher, a déclaré l’Islam comme étant le nouvel ennemi, et le secrétaire général de l’Alliance atlantique l’a approuvé.

Nous constatons la présence d’un effort occidental diversifié visant à combattre l’Islam sur le plan culturel, politique, économique et sécuritaire. Nous devons donc geler beaucoup des désaccords qui ont surgi entre les Musulmans et qui, des siècles durant, n’ont pas abouti à des résultats décisifs. Nous devons savoir qu’il y a un danger qui menace la Nation Islamique dans son économie, dans sa politique et dans sa sécurité, et que les générations musulmanes doivent en être conscientes pour que nous puissions défendre notre existence, nos potentialités, nos positions et nos stratégies, et pour que nous puissions préparer notre avenir. Nous devons agir pour occuper une place avancée dans le monde au niveau de toutes les questions et sur tous les plans. Nous aurons ensuite le loisir de discuter au sujet du califat, de l’imâmat ou de la manière de faire la prière et les ablutions…

Islamonline.net

Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux

Le Bureau d’Information de son Eminence,

l’Autorité religieuse,

l’Ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah.

Beyrouth, le 02-juin -1428 H /

16-Jumâdâ I -2007 Ap. J. C.