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'Achoura… Investigations au sujet de l'événement et des récits

En ce qui concerne la question de Karbala, ou de l'action de l'Imam Al-Hussein (p), plusieurs points d'interrogation se posent au sujet d'un certain nombre d'idées et de méthodes utilisées dans l'étude de la bataille d'Achoura, idées et méthodes qui sont l'œuvre des "pleureurs" et des "affligés" et qui rompent avec la méthodologie scientifique dans la lecture de l'histoire, surtout dans l'étude des tensions entre les textes historiques et les récits dont certains vont dans un sens donné, alors que certains autres vont dans un sens différent.

Al-Hussein (p), s'était-il mis en action dans l'intention d'être tué ?

Ce chaos dans les récits historiques permet, peut-être, de faciliter l'entreprise de ceux qui s'adonnent à instituer des coutumes qui n'ont rien à voir avec la nature de l'événement ni avec la ligne des Gens de la Maison (p). Nous remarquons que, lors des célébrations de 'Achoura, certains instituent des types de coutumes qui inspirent l'arriération, ou ce que signale notre professeur, Sayyed al-khû'î, en parlant de "l'atteinte à la sacralité de la confession", du fait que ces coutumes portent atteinte à l'image rayonnante de la ligne des Gens de la Maison (p) qui est la ligne islamique authentique.

Il nous est indispensable de poser un certain nombre de questions : L'action de l'Imam Al-Hussein (p) était-elle une action motivée par le désir de tomber en martyr ? S'était-il mis en action dans l'intention d'être tué ? Sa marche avait-elle comme but d'arriver à un moment où il sera tombé en martyr avec ses fils, ses compagnons et les membres de sa famille ? S'agissait-il pour l'Imam Al-Hussein (p) d'un goût du martyre?

Il arrive, peut-être, aux orateurs qui montent sur la tribune lors des célébrations de 'Achoura, de réciter certains Hadiths attribués à l'Imam Al-Hussein (p) et supposés être émis par lui avant son départ de la Mecque. Selon l'un de ces Hadiths, il aurait dit : "Il vaut mieux pour moi de retrouver la mort qui m'attend. Je voix dès maintenant les fauves du désert déchiqueter mon corps entre Nawâwîs et Karbala…". On dit aussi que, pris de sommeil auprès de la tombe du Messager de Dieu (P), Al-Hussein (p) aurait vu en rêve son Grand-père (P) et qu'il l'aurait supplié de le laisser partir avec lui car il ne supportait pas continuer de vivre dans ce monde. Selon ce récit, le Prophète lui aurait répondu : ''Il y a une place réservée pour toi, mais tu n'y accéderas qu'en mourant en martyr. Vas donc et tombe en martyr ! ".

Selon les transmetteurs, son frère Mohammad Ibn Al-Hanafiyya lui aurait parlé au sujet de sa révolte, et l'Imam (p) lui aurait dit : "Dieu veut me voir tué". Pourquoi donc prends-tu ces femmes avec toi, lui aurait dit Mohammad ? Et l'Imam (p) lui aurait répondu : "Dieu veut les voir déportées en captivité".

Comment pourrons-nous étudier ces récits d'une manière scientifique à la lumière de la personnalité de l'Imam al-Hussein (p), en tant qu'Imam qui assume la responsabilité de l'Imâmat dans le changement de la réalité sur la ligne indiquée par le Messager de Dieu ? L'Imamat représente la vitalité de l'Islam que les Imams avaient pour tâche de porter comme message et de communiquer aux hommes. Il s'agit d'un message à travers lequel ils ont à agir pour transformer la réalité corrompue en réalité saine. Si l'Imam al-Hussein (p) avait pour but de tomber en martyr, pourquoi a-t-il quitté la Mecque alors que les Umayyades cherchaient à l'y massacrer même s'il se trouvait accroché aux rideaux de la Ka'ba ? Etait-ce parce qu'il ne voulait pas porter atteinte à la sacralité de la Ka'ba, ou parce qu'il avait une autre raison ?   

L'Imamat représente la vitalité de l'Islam que les Imams avaient pour tâche de porter comme message et de communiquer aux hommes. Il s'agit d'un message à travers lequel ils ont à agir pour transformer la réalité corrompue en réalité saine.

La responsabilité du changement

Lisons un autre Hadith parmi ceux que les transmetteurs prétendent que l'Imam Al-Hussein (p) aurait prononcés avant de quitter la Mecque, et comparons-le  aux autres Hadiths. Il a dit en s'adressant aux foules de pèlerins : "O gens, le Messager de Dieu (P) a dit : ‘Celui qui voit un gouverneur injuste qui rend légal ce que Dieu a interdit, qui transgresse le pacte qu’il a conclu devant Dieu, qui contredit la Sunna du Messager de Dieu, qui agresse les serviteurs de Dieu, sans qu’il s’oppose à lui (ou selon une autre version, sans l'attaquer) ni par une parole ni par une action, Dieu lui réservera obligatoirement le même traitement qu’Il réserve à ce gouverneur".

L'homme responsable, surtout s'il adhère à la ligne de la responsabilité de l'Imamat ou de l'appel à Dieu, ne peut pas rester neutre face à une telle réalité qui est celle du modèle que représente le gouverneur injuste. Il doit se révolter contre lui et changer la réalité en place. Selon l'avis de certains jurisconsultes, les paroles du Messager de Dieu (P) constituent le fondement légal de la révolte contre le gouverneur injuste, et ce à l'encontre de l'avis pour lequel il serait obligatoire d'obéir aux gouverneurs même s'ils sont injustes, et de se contenter de leur fournir conseil et leur indiquer le droit chemin à suivre.  

Et l'Imam (p) de poursuivre pour parler de la réalité, pour comparer la ligne de la théorie tracée par les paroles du Messager de Dieu (P), et la ligne de la pratique  destinée à tracer l'image de la réalité, et pour parler aussi de sa responsabilité dans l'exécution de cette tâche. Il dit donc: "Ces gens-là ont pris à leur compte l’obéissance à Satan. Ils ont abandonné l’obéissance au Miséricordieux. Ils ont répandu la corruption, annulé l'application des lois de Dieu, partagé entre eux les biens de Dieu, asservi les serviteurs de Dieu et rendu illicite ce qui est rendu licite par Dieu et licite ce qui est rendu illicite par Dieu. Je suis celui qui a le plus de devoir de conduire le changement". L'Imam (p) s'adressait aux foules pour leur dire qu'il entrait en action dans le but de renverser le gouverneur en question et de changer la réalité corrompue soumise à ce gouverneur.

Ce que nous comprenons de ce discours est que l'Imam Al-Hussein (p) a entamé un mouvement de changement, c'est-à-dire qu'il luttait pour le changement et non pas pour mourir en martyr, même si pour les exigences de la ligne du changement, il était prêt aux martyre si, enfin, il lui serait imposé.  

L'Imam Al-Hussein (p) a entamé un mouvement de changement, c'est-à-dire qu'il luttait pour le changement et non pas pour mourir en martyr, même si pour les exigences de la ligne du changement, il était prêt au  martyre si, enfin, il lui serait imposé.

L'Imam Al-Hussein (p) signale que la réalité n'est pas islamique et qu'il compte lutter pour la rendre islamique  car l'Islam est pour lui un dépôt divin. Critiquant les gouverneurs à son époque, il a dit :"Ils ont partagé entre eux les biens de Dieu", c'est-à-dire qu'ils ont partagé entre eux les biens de la Nation selon leurs convoitises et leurs intérêts. "Ils ont asservi les serviteurs de Dieu", ce qui signifie qu'ils les ont réduits à l'esclavage. Cela a eu lieu à la deuxième année du mandat de Yazîd qui a ordonné à son représentant d'obliger les habitants de Médine à lui prêter serment d'allégeance en tant que ses propres esclaves. Puis nous lisons les célèbres paroles de l'Imam Al-Hussein (p) lorsqu'il dit : "Je ne me suis pas soulevé de gaîté de cœur ni par arrogance. Je me suis soulevé pour réformer la Nation de mon grand-père, le Messager de Dieu. Je compte ordonner le bien et déconseiller le mal. Celui qui m’accepte ne fait qu’accepter le vrai, et à celui qui me refuse je réponds en me patientant. C’est Dieu qui est le meilleur des juges".

L'Imam (p) parle ainsi de sa révolte pour affirmer qu'il s'agit d'une action ayant pour but l'assainissement de la situation au sein de la Nation. Il le fait du fait de sa responsabilité à l'égard de la Nation, car l'Imamat représente l'action de l'Imam qui assume sa responsabilité à l'égard de la Nation, et ce en corrigeant les déviations et en assainissant ce qu'elles ont corrompu.

Fixer le but

Ce Hadith prouve que l'Imam Al-Hussein (p) ne s'est pas révolté en tant que combattant par les armes : "A celui qui me refuse je réponds en me patientant. Dieu est le meilleur des juges". Il agissait à l'exemple du Messager de Dieu (P) avant l'Emigration, c'est-à-dire pacifiquement. Il Avait l'intention de s'adresser aux gens par la sagesse et la belle exhortation, par la bonne parole et la manière douce : ((C’est par quelque Miséricorde venue de Dieu que tu te montres si accommodant à leur égard ; eusses-tu fait preuve de rudesse, de dureté de cœur, qu’ils se seraient dispersés d’autour de toi)) (Coran III, 159).

C'est cela qui a incité l'Imam (p) à accueillir les lettres qui lui avaient  été envoyées par les habitants de Kûfa, lettres qui ont atteint le nombre de dix-huit mille et qui l'appelaient en disant : "Viens vers nous". C'est cela qui l'a également incité à écrire aux habitant de Bassora pour leur dire qu'il a plus de droit au gouvernement que ceux qui ont détenu le pouvoir avant lui.

L'Imam Al-Hussein (p) ne s'est pas mis en action dans le but d'être tué ou de mourir en martyr. C'est pour cela que nous devons réviser les innombrables récits qui disent qu'il s'était mis en action dans le but de mourir en martyr.

Ce qui est vrai est qu'il s'était mis en action pour le changement et l'assainissement. On peut dire, en usant de la terminologie de notre temps, qu'il s'était révolté dans le sens où la révolte signifie le changement de la réalité à partir de ses racines dans le but de la transformer en une réalité saine. C'est le point de vue auquel nous devons adhérer.

La mentalité pleurnicheuse

Les problèmes ou plutôt les raisons qui ont empêché l'étude des textes historiques qui relatent les événements et les épisodes de la révolution de l'Imam Al-Hussein (p) sont pour nous les traditions, les coutumes et la mentalité pleurnicheuse en vigueur chez nous. Ces éléments se focalisent sur l'aspect dramatique de l'événement plus qu'ils ne le font pour ce qui est de la cause et du message. Cette mentalité ne voit que ce qui est dramatique dans Karbala. Les inventeurs des Hadiths et les poètes sont particulièrement actifs sur ce plan, et c'est pour cette raison que nous entendons la plupart des lecteurs des récits qui relatent l'événement faire dire l'Imam Al-Hussein (p) : "Si la religion de Muhammad ne devient droite que par le fait de me tuer, alors ô épées, prenez-moi !".

Il s'agit d'un vers composé par l'un des poètes qui relatent l'événement de Karbala. Il fait partie d'un poème qui a un aspect lyrique, mais il est couramment considéré par le public comme une parole de l'Imam Al-Hussein (p).

Comment le fait de tuer l'Imam Al-Hussein (p) devient-il un moyen de redresser la religion de Mohammad (P), alors que nous savons que son meurtre de la manière qu'on connaît porte atteinte à la ligne que l'Imam (p) empruntait pour l'assainissement de la Nation et le changement de la réalité. Comment donc il pourrait dire:"O épées, prenez-moi!".  

D'autre part, il nous arrive d'entendre ou de lire beaucoup de Hadiths qui figurent dans les biographies et qui présentent Al-Hussein (p) sous un aspect marqué par la faiblesse. Il est vrai que l'Imam Al-Hussein (p) fut un homme très affectueux envers ses enfants, ses membres de famille et ses compagnons, mais pas au point de prendre l'air d'un homme faiblard et peureux.

Vous avez sans doute entendu dire comment -lors de la nuit où l'on relate les événements relatifs à 'Alî al-Akbar et à al-Qâssim Ibn al-Hassan- l'Imam Al-Hussein (p) s'est étendu après leurs trépas entre leurs deux corps, pour s'adresser tantôt à l'un tantôt à l'autre, en pleurant d'une manière qui laisse penser qu'il était incapable de dompter ses sentiments face à cette tragédie dramatique. Il est vrai qu'il pouvait pleurer car pleurer traduit l'affectivité humaine, mais non pas de la manière avec laquelle on relate l'événement et qui fait que même les femmes s'apitoyaient sur lui. Cela signifie à tort que l'Imam (p) souffrait d'une faiblesse inadmissible. On prétend dans le même sens que l'Imam aiguisait son épée en récitant les vers qui commencent par "O temps ! Fi pour toi, tu n'es pas un ami…", et sa sœur Zaynab (p) en ait compris que, constatant que les ennemis ont la ferme intention de le combattre, il parlait de sa mort imminente, ce qui l'aurait tellement émue, elle qui a vécu tout le drame en ce moment et réagi en pleurant. Mais l'Imam Al-Hussein (p) lui aurait demandée de se retenir, de ne pas se frapper sur les joues après sa mort et de ne pas se lamenter pour ne pas laisser les ennemis se réjouir de la situation. L'Imam Al-Hussein (p) se retenait à l'extrême même en faisant face à la mort au milieu du combat. En nous arrêtant devant la force et la fermeté de l'Imam (p) pendant qu'il combattait tout seul après la mort de tous ses combattants, nous constatons qu'il agissait avec le maximum possible de fierté et de dignité.

L'Imam Al-Hussein (p) se retenait à l'extrême même en faisant face à la mort au milieu du combat. Et même pendant qu'il combattait tout seul après la mort de tous ses combattants, il agissait avec le maximum possible de fierté et de dignité.

Le courage de l'Imam Al-Hussein(p)

Un transmetteur l'a décrit dans la situation dans laquelle il affrontait les ennemis en disant: "Par Dieu, je n'ai jamais vu un homme vaincu qui a vu ses enfants, les membres de sa famille et ses compagnons assassinés sous ses yeux, aussi ferme, aussi lucide et aussi audacieux qu'Al-Hussein. Par Dieu, je n'ai jamais vu avant lui ou après lui un homme qui lui ressemblerait. Attaqué par les fantassins, il ripostait en les attaquant avec son épée et ils fuyaient devant lui à gauche et à droite comme des chèvres qui fuient l'attaque du loup… Ils étaient au nombre de trente-mille et ils fuyaient devant ses attaques et se dispersaient comme des sauterelles. Puis il regagnait son poste en disant : 'il n'y a de force et de puissance qu'en Dieu' ! ".

L'Imam Al-Hussein (p) ressemblait à son père, le Commandeur des croyants (p), quant à son courage, sa fermeté et sa force. Les transmetteurs affirment qu'Ibn Sa'd (le commandant de l'armée ennemie) a alors harangué ses soldats en disant :   "Ne savez-vous pas contre qui vous êtes en train de vous battre? C'est le fils du chauve au gros ventre. C'est le fils du tueur des Arabes!".

Cet homme qui conserve sa fierté même lors de ces moments difficiles, comment pourrait-il être faible ou se montrer faible devant ses ennemis, ou même devant les membres de sa famille et ses femmes?".

L'Imam (p) défendait une cause et un message. Il voulait changer le monde islamique sur la ligne de l'Islam. Il voulait assainir la situation corrompue des croyants. Il voulait rechercher tout ce qui est bien pour l'ordonner et tout ce qui est mal pour l'interdire. Il s'adressait même au camp des ennemis pour dialoguer avec eux; pour les instruire et pour leur fournir conseil. Il nous est donc indispensable de corriger l'image sur ce plan.

Le Modèle qu'était Zaynab (p)  

Zaynab (p) qu'on connaît sous le nom de la "Héroïne de Karbala" est cette femme puissante qui s'adresse à Ibn Ziyâd pour lui dire: "Que ta mère te perde, ô Fils de Murjâna!", et qui fait face avec tant de force à Yazîd en disant : " Déploie donc tes fourberies et tous tes efforts. Par Dieu, tu n'arriveras pas à effacer notre renommée. Tu n'anéantiras pas notre Révélation". Cette femme puissante et ferme que nous pouvons présenter au monde en tant que modèle de la femme puissante, combattante, héroïne et dirigeante, les hadiths  la présentent en tant qu'une bédouine qui pleure les siens et les appellent en vain. En étudiant Zaynab (p), nous trouvons qu'elle était la sœur d'Al-Hussein (p) sur le terrain du jihâd et du message. Elle comprenait le sens d'Al-Hussein (p) et de son message. Mais nous avons supprimé toute cette fierté zaynabienne à force de chanter des poèmes destinés à faire pleurer. Zaynab (p) est ainsi devenue un exemple qu'on pleure et non plus un exemple qu'on imite et qu'on suit!

 Zaynab (p) était la sœur d'Al-Hussein (p) sur le terrain du jihâd et du message. Mais nous avons supprimé toute cette fierté zaynabienne à force de chanter des poèmes destinés à faire pleurer. Zaynab (p) est ainsi devenue un exemple qu'on  pleure et non plus un exemple qu'on imite et qu'on suit !

Le modèle husseinite et les responsabilités de la Nation

A la lumière de tout ce que nous venons de dire, une question se pose: A quel moment l'Imam (p) a-t-il décidé de livrer bataille?

Il a pris cette décision lorsqu'il a été invité à reconnaître, malgré lui, la légalité des Banû-Umayya, du moment où Ibn- Ziyâd lui a demandé de se soumettre à lui et à Yazîd. L'Imam (p) a alors considéré comme grave et impossible le fait de reconnaître la légalité de ceux qui n'ont aucun droit à la légalité, ou plutôt de ceux dont le pouvoir est contraire à toute légalité. C'est dans ce sens qu'il a prononcé ces paroles devenues célèbres: “Non! Par Dieu, je ne me soumettrai pas à vous comme un humilié ni ne me baisserai devant vous à la manière des esclaves. Le bâtard, fils de bâtard, nous réduit à choisir entre deux choses: Entre la mort et l’humiliation. Loin de nous l’humiliation! Dieu, Son Prophète et les croyants ne l’acceptent pas pour nous. Ne l’acceptent non plus pour nous des seins immaculés, des fronts hautains et des âmes nobles. Nous ne préférons pas l’obéissance aux ignobles à la mort à la manière des personnes nobles". C'est là que l'Imam Al-Hussein (p) a décidé de se battre et s'est apprêté à leur livrer bataille.

C'est à partir de ce principe que nous devons étudier la personnalité de l'Imam Al-Hussein (p) et les slogans qu'il a lancés lors de sa marche vers Karbala. Si nous nous engageons à célébrer la saison de 'Achoura, cette célébration doit respecter les slogans de l'Imam Al-Hussein (p), car nous sommes dans nos sociétés islamiques, en présence de maints gouverneurs injustes qui ont les mêmes attributs donnés par l'Imam (p) au gouverneur injuste. Nous devons, en tant que Nation islamique, agir dans le sens de concrétiser cette attitude. La manière avec laquelle les injustes parmi les dirigeants, les présidents et les rois, est une manière destructrice de la réalité islamique. Nous le remarquons au niveau de la plupart des gouverneurs des Musulmans soumis à la mécréance et à l'arrogance mondiale qui leur offrent les moyens d'occuper et de conserver leurs postes, et qui leur donnent la charge de garder la grande prison où ils ont voulu emprisonner leurs peuples. C'est le cas des présidents, des rois, des gouverneurs et de la plupart de leurs partisans parmi les politiques et les administrateurs qui se laissent séduire par l'argent et le pouvoir. Nous voyons comment ils ont recours à la répression qu'ils dirigent contre ceux qui ordonnent la justice, comment ils se dressent contre la Résistance au Liban et en Palestine, comment ils planifient avec Israël les massacres que l'armée sioniste commet contre les enfants, les femmes, les vieillards et tous les civils, et comment ils planifient pour liquider toutes les manifestations de la réticence. Il en est ainsi car ce que l'on demande est de vendre la cause palestinienne aux Juifs, aux Etats-Unis et aussi à l'Europe, d'une manière semblable à celle des joueurs et des tripoteurs.

Nous devons prendre comme point de départ le Hadith du Messager de Dieu (P) qui dit : "Celui qui, d'entre vous, voit un gouverneur injuste qui rend légal ce que Dieu a interdit, qui transgresse le pacte qu’il a conclu devant Dieu, qui contredit la Sunna du Messager de Dieu, qui agresse les serviteurs de Dieu, sans qu’il s’oppose à lui ni par une parole ni par une action, Dieu lui réservera obligatoirement le même traitement qu’Il réserve à ce gouverneur". Il en est ainsi car la Nation n'a pas le droit de taire le gouverneur injuste. Elle doit agir, toute constituante comprise, pour se révolter contre lui et le renverser, car les gouverneurs injustes ont grandement contribué à affaiblir les peuples islamiques, au point que ces peuples n'ont que des slogans de refus qu'ils crient comme seul moyen d'agir. Mais certains de ces gouverneurs injustes n'autorisent même pas leurs peuples de manifester.

Servir la cause de l'assainissement et de la lutte contre la déformation

Il nous est également indispensable, chers frères, de servir le mot d'ordre de l'Imam Al-Hussein (p) qu'est l'action pour l'assainissement de la Nation de son Grand-père (P) et le fait d'ordonner le convenable et d'interdire le blâmable. Nous devons planifier avec confiance pour étudier les articulations de la corruption politique, sécuritaire, économique et culturelle dans nos sociétés.

Cela nous exige d'agir sur la base de l'exclusion de tous ceux qui déforment l'image de Karbala et de l'Imam Al-Hussein (p), car le problème auquel nous faisons face est cette connivence entre le public, d'une part, et ceux qui montent sur les tribunes, d'autre part. Nombreux parmi ceux qui montent sur les tribunes sont des analphabètes qui ne comprennent pas ce qu'ils lisent, dans le sens où ils sont des analphabètes sur le plan culturel, même s'ils lisent et écrivent. Ce sont eux qui nous apportent des légendes tragiques pour attirer nos larmes.

Nous remarquons que, pour les célébrations de 'Achoura, on cherche habituellement le lecteur qui jouit d'une belle voix qui émerveille l'assistance. Le chant peut avoir parfois un caractère tragique. En revanche, on exclue des lecteurs cultivés qui possèdent une bonne culture historique qui leur permet d'étudier d'une manière scientifique les événements historiques. Il existe beaucoup de personnes qui possèdent une culture littéraire et qui peuvent étudier les vers que récitent souvent les lecteurs dans les célébrations de 'Achoura. Il est à remarquer, à ce propos, que beaucoup de ces vers sont considérés par les gens comme des paroles sacrées alors que chaque poète compose ses vers selon sa mentalité et sa manière de comprendre les événements.

Par exemple, un certains poète dit à propos d'Abû al-Fadl al-'Abbâs (p): "S'il n'y avait pas le décret divin, il aurait par la force de son épée effacer le monde entier…” Est-ce chose raisonnable? Un autre poète dit : "Si la religion de Mohammad ne devient droite que par le fait de me tuer, alors ô épées, prenez-moi !", ce qui donne l'impression que l'Imam Al-Hussein (p) demande aux épées de le prendre pour que la religion de Mohammad (P) devienne droite, et que la religion de Mohammad (P) ne devient droite si Al-Hussein (p) reste en vie et exerce sa mission en tant qu'Imam, avertisseur, réformateur, et agent de changement. Ce genre de paroles est maintenant très répandu parmi les gens, et il existe beaucoup de vers de ce genre qu'on récite, en langue savante ou en langue dialectale, lors des célébrations d'Achoura.

 Il est à remarquer, à ce propos, que beaucoup de ces vers sont considérés par les gens comme des paroles sacrées alors que chaque poète compose ses vers selon sa mentalité et sa manière de comprendre les événements.

Les coutumes et les us arriérés

Nous trouvons également beaucoup de coutumes et d'us, comme le fait de se frapper la tête avec une épée, et qui sont introduits pour célébrer le martyre de l'Imam Al-Hussein (p). A ce propos, certains non- Musulmans se moquent en disant que les épées des chiites étaient utilisées contre leurs ennemis, mais elles sont maintenant utilisées par les chiites pour frapper leurs propres têtes et que cela est devenu pour eux une coutume sacrée ! Mais tout cela n'a aucun fondement dans les actes et les enseignements des Imams. On dit qu'en entendant parler du drame de l'Imam Al-Hussein (p), un homme turc s'est donné un coup d'épée sur la tête, que les gens ont imité par la suite et cela est devenu coutumier depuis seulement un siècle.

Des chaînes de télévision transmettent certaines célébrations qui sont, hélas, sous contrôle religieux, et où des familles "font vœu" de leurs enfants. Ceux-ci se blessent la tête et les journaux et autres mass-médias publient leurs photos. J'ai même vu une revue canadienne qui a publié la photo d'un vieillard portant un enfant qu'on a blessé à la tête et qui pleurait amèrement. Sous la photo, on a inscrit la légende: "Cela se fait au nom de Dieu!” Si le fait de se torturer est légalement illicite parce qu'il porte atteinte à l'intégrité de la personne, il l'est encore plus illicite lorsqu'il s'agit de torturer un enfant. Cela est légalement illicite. Il représente même un crime! Le père et la mère n'ont pas le droit de le faire car ils sont considérés comme des tuteurs de l'enfant dans la mesure où ils l'éduquent et l'entretiennent. Mais malheureusement, ces coutumes arriérées sont devenues au nombre des choses sacrées, et beaucoup de savants religieux prononcent des fatwas les instituant recommandables. De même, beaucoup d'autres savants –que Dieu les dirigent vers le vrai- considèrent à tort que le chiisme prend plus de valeur à travers ces us et coutumes.

Examinons maintenant la coutume qui veut qu'on se flagelle le dos avec des chaînes et qui s'exerce toujours dans certaines régions. Certains utilisent des chaînes munies de lames aiguisées pour se blesser le dos. Certains autres marchent à Karbala sur de braises pour célébrer ainsi l'Imam Al-Hussein (p).

Nous assistons aussi sur les petits écrans à de nouvelles coutumes. Dans certains pays des personnes rampent tout en posant leurs joues sur la poussière. D'autres utilisent des cadenas qu'ils enfoncent dans leur chair, ou marchent à la façon des chiens pour ainsi montrer leur modestie devant l'Imam Al-Hussein (p). De nouvelles coutumes de ce genre font leur apparition tous les ans. Interrogé au sujet de ces pratiques, Sayyed al-khû'î a répondu qu'elles ne font pas parties des rites légaux. Au sujet de leur licéité, il a dit qu'elles ne sont pas licites si elles portent atteinte à la sacralité de la confession. S'expliquant, il a signalé qu'elles portent atteinte à la sacralité de la confession si elles suscitent la moquerie des autres.

       

Nous affirmons que ce n'est pas une bonne manière de se recueillir et de se représenter le drame. Par exemple, si quelqu'un apprend que son fils ait été tué, cela le porte-t-il, pour exprimer son affliction, à se frapper la tête avec une épée, ou le dos avec des chaînes ? Cela n'est pas du tout raisonnable.

J'ai dit à ceux-là que ce n'est pas une bonne manière de se recueillir pour l'Imam Al-Hussein (p). Ceux qui se recueillent pour lui sont ceux qui ont affronté les sionistes à Jabal Safi, lors de la guerre de juillet et de toutes les autres confrontations avec les sionistes. Ces jeunes hommes fidèles, gracieux et combattants sont eux qui se recueillent vraiment pour l'Imam Al-Hussein (p), car l'Imam a été blessé et est tombé en martyr pendant qu'il se battait.

  Ceux qui se recueillent vraiment pour l'Imam Al-Hussein (p) sont ces jeunes hommes fidèles, gracieux et combattants qui se battent sur tous les fronts contre les sionistes.
 

Karbala : Une grande richesse pour l'humanité

Chers frères ! Karbala est une grande richesse. Elle représente l'histoire que nous pouvons mettre à la disposition du monde pour prouver que cet héroïsme spirituel et humain a triomphé face à la sauvagerie incarnée dans les assassins de l'Imam Al-Hussein (p). C'est pour cela que nous disons qu'il nous est indispensable de marier l'affection à la cause, car une cause sans affection peut s'évanouir dans l'histoire comme beaucoup de causes historiques qui ont trouvé un sort pareil sur ce plan. Mais nous devons rationaliser et assainir l'affection pour l'intégrer à la cause, pour que l'affection soit au service de la cause.

D'autre part, la valeur de l'affection investie d'une manière humaine et rationnelle nous permet de sympathiser avec tous les drames qui se répandent partout dans le monde. Ceux qui vivent le drame de Karbala ne peuvent que réagir, comme nous l'avons vu lors du massacre de Gaza, contre les massacres sauvages que commettent les sionistes soutenus par les Etats-Unis, l'Union européenne et certains Etats arabes. Le fait de condamner les crimes commis à Karbala, nous incite à condamner les agissements de tous les criminels de par le monde, qu'ils soient Musulmans ou non, car le drame est une cause humaine que l'homme ne peut que condamner.

La critique que nous adressons à certaines manières de célébrer 'Achoura ne veut pas dire que nous nions l'affection. Mais pleurer pour exprimer l'affection doit se faire d'une manière douce et calme. Il en est de même pour ce qui est des coups que l'on se donne sur la poitrine pour que ces coups ne prennent pas la forme folklorique d'un spectacle qui ne traduit point l'affliction.

Nous sommes pour la rationalisation et l'assainissement de l'affection. Nous devons agir pour renouveler la cause et pour renouveler notre manière de la célébrer. Nous devons mettre à l'écart tous les ignares qui montent sur les tribunes car ils manipulent des légendes dans le seul but  de faire pleurer l'assistance.

Chers frères ! Voilà ce qu'est la véritable 'Achoura de l'Islam, du Message, de la Cause et du Jihâd. Celle qui sert à ce que la parole de Dieu soit la supérieure et la parole du Diable l'inférieure.

Le texte de l'importante conférence donnée par Son Eminence, l'Autorité Religieuse, Sayyed Mohammad Hussein Fadlallah (ra)  lors des célébrations de 'Achoura organisées par l'Association de l'Enseignement Religieux Islamique, dans la salle "Az-Zahrâ'", à Beyrouth, au mois sacré de Muharram, 1430 de l'Hégire.

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