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Les devoirs de la Nation Islamique
Fadlallah : Ceux qui n'ouvrent pas leurs cœurs au dialogue sont des lâches

Son Eminence, l'Autorité religieuse, l'Ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah, a inauguré, le 14 safar 1420 H / 30-5-1999, sur invitation du "Rassemblement des Savants Musulmans" et du "Central Mondial pour le Rapprochement des Ecoles Islamiques), la conférence de "l'Unité de la Nation et son avenir… Les devoirs de la Nation islamique au 21 ème siècle". La Conférence a été tenue à l'hôtel Commodor en la présence de personnalités et de délégations politiques, diplomatiques ainsi que de savants religieux.

Sheikh Ahmad al-Zein a parlé au nom du "Rassemblement des Savants Musulmans". Il a affirmé que "la conférence constitue un grand événement et revêt une importance maximale en raison des événements particulièrement durs qui ont et qui auront lieu lors de ce siècle dans la région islamique et ailleurs, mais aussi en raison des événements qui auront lieu pendant le siècle à venir, événements dont beaucoup d'aspects commencent à prendre forme". Il s'est arrêté sur les défis lancés à la Nation, appelant à les relever, défis constitués, tout particulièrement, par l'ouverture des Arabes vis-à-vis d'Israël, et par l'inaction honteuse  face à la judaïsation de la Sainte al-Qods.

Et de poursuivre : Mais nous regardons avec optimisme vers la résistance qui assène des coups à l'ennemi israélien et l'oblige de se retirer, chose qui commence à se faire voir à Jizzin. Il est à espérer qu'il se retire prochainement de la totalité du Sud et de la Bekaa occidentale. Ce qui nous fait plaisir est le fait de voir l'Etat libanais soutenir la résistance et faire face à l'ennemi sioniste, tout en affirmant, à toutes les occasions, l'unité de ses positions avec la Syrie sous les signes de la fermeté et du rejet de toute idée de soumission à l'ennemi.

De son côté, le président du "Central Mondial pour le Rapprochement des Ecoles Islamiques), l'Ayatollah Muhammad Wâ'iz Zadeh al-Khurasânî, a prononcé un discours dans lequel il a affirmé que le Central est fier d'avoir accompli sa mission dans cette conférence en coopération avec le "Rassemblement des Savants Musulmans au Liban". Khurasânî a loué la science de son Eminence, l'Autorité religieuse, l'Ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah. C'est un honneur pour nous qu'il soit présent parmi nous, a-t-il affirmé. Il a également salué les efforts déployés par Feu Sheikh Sa'id Sha'bân dans le domaine de l'unité islamique. Il a d'autre part signalé la nécessité d'œuvrer avec responsabilité en vue d'unir les rangs des deux confessions musulmanes, sunnite et chiite.

Son Eminence, l'Autorité religieuse, l'Ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah a, pour sa part, prononcé un discours dont voici le texte :

Les conférences se multiplient et les slogans se diversifient, mais nous piétinons dans le même endroit. Nous ne nions pas que, lorsqu'il a été lancé par "Dâr at-Taqrîb" (l'Enceinte du Rapprochement) au Caire, le "Rapprochement" ait été une lueur dans ces ténèbres dans lesquelles les Musulmans sont en proie à ce fanatisme qui n'est pas issu des idées lancées par certains fanatiques ici et là, mais qui est issu d'une arriération quant à la compréhension du sens de l'Islam et de sa présence dans le monde. Le problème consiste, peut-être, dans le fait de savoir ce qu'est l'Islam afin que nous puissions poursuivre toutes les évolutions au niveau du mouvement de la conscience de par le monde afin de savoir quelle est la place que l'Islam occupe dans ce mouvement.

Sommes-nous sérieux lorsque nous appelons à l'unité islamique ? Ne sommes-nous pas semblables à ceux dont parle le Noble Coran lorsqu'il dit : ((Mais lorsqu'ils se retrouvent seuls avec leurs démons, ils disent : "Nous sommes avec vous; nous ne faisions que plaisanter")) (Coran II, 14) ? Nous parlons de l'unité islamique et échangeons des civilités tout en parlant de l'unité de la doctrine et contre l'arrogance. Mais lorsque nous nous référons à la réalité, nous constatons que la plupart d'entre nous regagnent leurs bases pour dire : Nous leurs faisions entendre des formules de politesse... C'est nous qui avons droit à cent pour cent… Les autres n'ont pas du tout raison… Notre doctrine est toute de vérité, et celle des autres est toute erreur… Il n'existe pas au fond de vraies occasions islamiques pour que nous dialoguions et révisions nos doctrines de part et d'autre.

Nous sommes accoutumés à la culture de la division au point que chaque confession se trouve parcellée en une multitude de confessions. Le fanatisme qui régissait le confessionnalisme régit maintenant les opinions à l'intérieur de chaque confession. Le problème n'est plus de savoir comment unir les Musulmans, mais de savoir comment unir, de l'intérieur, les Sunnites eux-mêmes et les Chiites eux-mêmes. Sans même définir ce qu'est le concept de mécréance en Islam,  L'excommunication (l'accusation de mécréance) est maintenant le trait caractéristique de la réalité islamique. On est perdu à l'intérieur du concept, et chaque groupe ou catégorie ont maintenant leurs propres concepts de mécréance, d'égarement et ainsi de suite. Je ne veux pas me montrer pessimiste ou désespéré. Mais il existe un véritable problème qui nous ronge de l'intérieur.

Nous sommes arriérés quant à comprendre ce qu'est le sens du rôle de l'Islam dans la vie et de son action face aux défis. Chacun emprisonne l'Islam dans les geôles de son intériorité. L'Islam est maintenant sorti de sa prison, mais les géôliers cherchent maintenant à le reconduire dans la prison du fanatisme. Il y a une différence entre le fanatisme et l'engagement. Etre fanatique c'est se laisser étouffer dans son intériorité et ne plus penser. Etre engagé, c'est donner à l'idée dont tu es convaincu le sens de la liberté de l'idée à l'intérieur de ta conscience. C'est penser et ne pas lapider l'autre qui ne s'accorde pas avec toi, car ceux qui n'ouvrent pas leurs cœurs vis-à-vis du dialogue sont des lâches. Ne craignez pas pour l'Islam lorsqu'il s'engage dans le terrain du conflit, car grâce aux éléments de puissance qu'il possède, l'Islam peut se protéger sur le plan de son activité intellectuelle contre les autres, et contre ses partisans qui lui portent préjudice en le comprenant mal et en défiant ce qu'il a d'authentique.

Nous nous attendions à voir les mouvements islamiques en finir avec le phénomène de fanatisme à l'intérieur des sociétés des écoles islamiques. Mais je crains les fanatismes qui, à l'intérieur de tous les mouvements islamiques, les incitent à se séparer les uns des autres. Nous craignons la franchise. Pourquoi ne planifions-nous pas pour la franchise ? Le problème est que chacun de nous craint les régions invisibles qui se trouvent à l'intérieur de l'autre. C'est cette crainte qui complique toute la réalité que nous vivons. Si nous croyons vraiment en nos idées, si nous voulons que les autres croient en notre loyauté, pourquoi alors faire des courtoisies hypocrites notre mode de communication ? Nous ne pouvons pas assainir la réalité sans la blesser. La courtoisie avec laquelle nous abordons la réalité la charge d'accumulations qui sont à même d'enterrer ce qui reste d'authenticité dans la réalité.

Nous devons, lorsque nous sortons de cette conférence et des conférence à venir, descendre sur le terrain, vers nos bases, pour parler de l'unité islamique, pour leur dire que les dissensions entre les Musulmans peuvent être une diversité enrichissante de l'Islam. Ces dissensions peuvent être issues de l'incompréhension, elle-même issue du peu de rapprochement et du peu de franchise.  Le Lieu de la conférence n'est pas ici, mais dans toutes nos mosquées, dans toutes nos positions et dans toutes nos rencontres. Si nous sommes convaincus du principe de l'unité islamique, nous devrions descendre vers nos bases. Mais il se pourrait que ces bases que nous avons éduquées avec la nourriture de la haine nous lancent des pierres et nous lapident. Nous devrions considérer ces pierres comme des médailles qui nous décorent car ce qui te lapide est l'arriération et non pas la conscience. L'arriération, c'est elle qui a lapidé les prophètes tout au long de l'histoire.

Nous savons que cette génération est une génération pure et saine qui veut sérieusement faire face à tous les défis qui nous sont lancés partout dans le monde. Pourquoi ne lui enseignons-nous pas comment être objective et rationnelle dans le dialogue et dans la façon… Regardons cette réalité islamique. Nous avons tant et tant parlé de la Palestine, et la Palestine est perdue. Nous avons tant et tant parlé d'Afghanistan, et l'Afghanistan est perdue. Eux, ils planifient. Quant à nous, nous crions des slogans. Eux ils nous envahissent. Quant à nous, nous nous disputons. Notre problème c'est que nous flottons en surface. Nous nous laissons guider par des paroles. Clinton nous envoie des paroles et des promesses. Nous en tirons bon présage et nous haletons derrière ce mirage et, à l'arrivée, nous trouvons qu'il ne s'agissait que de rien.

Musulmans de toutes les confessions ! Vous voulez l'Islam ou vos égoïsmes ? Le monde déclare la guerre contre l'Islam. Nous devons nous apprêter au combat. L'unité islamique devrait constituer le sens de l'Islam en nous. Soyez des Musulmans sunnites et des Musulmans chiites, car en mettant de côté votre appartenance à l'Islam, vous ne faites que privilégier la confession au détriment de l'Islam. La place présente beaucoup de contradictions. Les perspectives s'ouvrent à beaucoup d'espoir. Accourez vers la réalité, pour planifier, œuvrer et craindre Dieu dans notre présent et notre avenir. Réfléchissons longuement et profondément à notre avenir !

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