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Traits essentiels dans la personnalité de l’Imâm al-Kâzim (p)

Evoquer les Imâms appartenant aux Gens de la Famille (p) c’est évoquer, à partir de leur statut de dirigeants, de chefs et de responsables, des cimes de spiritualité, de pensée, de jihâd et d’ouverture vis-à-vis de la réalité islamique toute entière. L’Imâm Mûssâ Ibn Ja’far al-Kâzim (p) à vécu sa période en mettant le mouvement de la science au service des gens de l’époque. En étudiant son œuvre à partir ceux qui ont été formés par lui et qui ont transmis ses paroles, faits et gestes, nous constatons que son école présente une diversité quant à ceux qui la fréquentaient pour s’y instruire. Son école n’était pas une école sectaire qui se réduirait aux seules personnes qui reconnaissaient son imâmat, car il était une référence pour tous les gens qui étaient différents quant à leurs intérêts et occupations.

La grandeur des Gens de la Famille (p) consistait dans celle de leur rôle qui consistait, parlant de l’Imâm al-Kâzim (p), à scruter le mouvement et les tendances de la réalité ainsi que les points négatifs qui pourraient s’introduire dans les profondeurs de la pensée islamique par le biais d’une ligne déviante par ci ou d’un geste anarchique dans la conscience par là… D’où, l’Imâm al-Kâzim a fait face à tous les nouveaux courants déviants qui ont essayé de s’imposer sur la réalité islamique afin de la faire éloigner de la ligne droite. Il faisait face à ces courants en leur opposant une pensée islamique pure et limpide qu’il a héritée de ses pères (p) qu’ils l’ont, eux-mêmes, héritée de leur grand-père le Messager de Dieu (P), qui l’a, lui-même, reçue de Jibrîl (l’Ange Gabriel) (p), qui l’a, lui-même, reçue de Dieu, le Très-Haut. L’Imâm al-Kâzim (p) donnait toujours l’avis juste dans toutes les controverses intellectuelles au niveau des questions doctrinales, légales et conceptuelles islamiques. Dans toutes ses attitudes, il fournissait conseil aux Musulmans pour tout ce qui concerne leurs affaires privées et publiques ainsi que dans tous les domaines de leur vie.

La dévotion de l’Imâm (p)

Et maintenant, quels sont les traits les plus visibles de la personnalité de l’Imâm al-Kâzim (p) dans l’aspect général de sa vie considérée en tant que fondement de la personnalité d’un homme porteur du Message, dans les caractéristiques en relation avec la dimension intérieure où s’affirme la foi universelle et la fidélité à Dieu, le Très-Haut, ainsi que l’amour qu’on Lui porte dans l’état spontané qui s’ouvre à tous les sens de l’asservissement qui anime le mystère de l’existence de l’âme humaine devant la divinité miséricordieuse et toute-puissante, étant donné ce que nous inspire la notion de se laisser entièrement diriger par Dieu, notion vécue par l’homme dans le contexte de l’amour qu’il porte à Dieu et de la peur qu’il a de Dieu ? C’est cette ambiance qui était vécue par les Imâms appartenants aux Gens de la Famille (p) dans l’exceptionnel climat dévotionnel qui s’incarnait dans leurs invocations et leurs implorations humbles qui exprimaient tout ce qu’ils avaient dans leurs cœurs et dans la totalité de leur être en matière d’ouverture à Dieu dans un cadre animé de spiritualité sereine et d’où jaillissait un sentiment de pureté spirituelle d’une âme qui fondait dans son sentiment de son existence qui a, en tout, besoin de Dieu, le Très-Haut.

En examinant la voie de la foi gnostique dans la conduite des Gens de la Famille (p) et dans leurs implorations dont les significations ne plongeaient pas dans les complications des philosophies gnostiques qui ont rejoint la pensée islamique à partir des règles des pensée chez les autres, nous y remarquons un accord total avec la vision coranique concernant Dieu et Ses attributs, Ses bienfaits et les horizons de Sa grandeur. Tu ne constateras pas, en les lisant, la présence d’aucune ambiance étrangère par rapport aux détails de l’ambiance coranique. Tu y verras plutôt un mouvement coranique sur le plan des concepts, des sentiments et des aspirations.

En allant plus en profondeur dans le contenu dévotionnel sur le plan de la pensée et de la conduite, on ne constate dans l’œuvre des Imâms (p) aucune sorte de rupture avec la vie telle qu’elle se présente à travers ses causes et ses dispositions responsables. Tu trouveras plutôt un grand attachement à la grande responsabilité qu’exige leur statut de dirigeants. C’est pour cette raison que tu constateras que la vie des Imâms (p) est complètement remplie d’activités pratiques et sociales auxquelles s’ajoutait leur activité dévotionnelle qui représentait l’état spirituel ouvert à Dieu avec envie, avec désir et avec beaucoup d’amour, qui font de l’attachement total au fait d’adorer Dieu une exigence spirituelle représentative de l’état d’une âme qui invoque Dieu afin de pouvoir trouver la voie vers Lui et non pas afin d’esquiver les autres responsabilités. Il s’agit là d’un genre de dévotion qui exprime le caractère profond d’un amour qu’on porte à Dieu en se soumettant à Lui et en L’implorant dans l’ambiance de Sa sacralité et de Sa satisfaction. C’est à cela que nous pensons en lisant des paroles que l’Imâm al-Kâzim (p) a dit alors qu’il était en prison : « Seigneur ! Tu sais que je t’invoquais de m’aider à consacrer tout mon temps à T’adorer. Seigneur ! Tu l’as fais. Seigneur ! Gloire à Toi ! » ().

Nous voyons ainsi comment l’Imâm al-Kâzim (p) a-t-il fait de son emprisonnement une occasion d’adoration continue semblable à son état en dehors de la prison, état qui était dominé par la joie spirituelle née de sa relation avec Dieu. C’est l’état des amis de Dieu où l’amour qu’ils portent à Dieu ne leur laisse pas le loisir de s’occuper des peines mineures. L’histoire nous apprend que lorsque Hârûn ar-Rashîd a envoyé l’Imâm al-Kâzim (p) à Basra pour y être emprisonné durant une année entière dans la maison de l’un des proches parents de Hârûn, à savoir ‘Issâ Fils de Mûssâ, celui-ci a pris soin d’observer l’Imâm (p) tout au long de cette période pour savoir s’il allait souffrir et pour connaître ses affections. Mais il ne voyait qu’une seule chose : L’Imâm occupé à adorer Dieu. Il n’a rien dit de mauvais contre cet homme qui l’emprisonnait ni contre Hârûn ar-Rashîd. Il a toujours été occupé par ses prières et par les implorations qu’il adressait à son Seigneur. Et lorsque Hârûn ar-Rashîd a demandé à ‘Issâ Fils de Mûssâ de le tuer, celui-ci lui a écrit la lettre suivante : « O Commandeur des croyants, tu m’as écrit pour m’ordonner de tuer cet homme. Je l’ai mis tout le temps à l’épreuve en chargeant des espions expérimentés de l’espionner afin de connaître ce qu’il fait et quelles sont ses intentions. Il n’a rien fait de mal. Il n’ambitionnait pas le pouvoir, ne comptait pas se révolter ou chercher les affaires de ce bas-monde. Il ne faisait qu’implorer le pardon de Dieu et Sa miséricorde pour lui-même et pour tous les Musulmans. Il persévérait à prier, à jeûner et à adorer Dieu. Que le commandeur des croyants me dispense donc de le tuer, si cela lui plait, ou qu’il envoie quelqu’un pour que je le lui livre, sinon je compte le libérer car je suis très gêné ».

Ar-Rashîd a répondu positivement. Il a ramené l’Imâm (p) à Bagdad où il l’a fait prisonnier sous la surveillance de son chambellan al-Fadl Ibn ar-Rabî’ (2). Ce dernier avait de la sympathie pour l’Imâm (p). L’un de ses visiteurs raconte ce qui suit : « Je suis entré chez al-Fadl Ibn ar-Rabî’ et je l’ai trouvé assis sur une terrasse. Il m’a dit : ‘Approche-toi’. Je me suis approché et il m’a dit : ‘regarde à l’intérieur de la pièce qui est en bas et dis-moi qu’est ce que tu y vois’. J’ai dit : ‘Je vois un vêtement étalé par terre’. Il m’a dit : ‘regarde bien !’. J’ai regardé et j’ai dit : ‘Je vois un homme prosterné’. Il m’a dit : ‘Le connais-tu ?’. J’ai dit que non. Alors il m’a dit : ‘C’est ton maître’. J’ai dit : ‘Mais qui est mon maître ?’. Il m’a dit : ‘Tu fais semblant de l’ignorer ?’. J’ai dit : ‘Non ! Mais je ne sais pas que j’ai un maître’. Il m’a dit : ‘C’est Abû al-Hassan, Mûssâ Ibn Ja’far. Je le surveille jour et nuit. Il est toujours comme tu le voix ; il fait la prière du matin, puis il se met à faire une prière supplémentaire jusqu’au levé du soleil. Après quoi il se prosterne et reste prosterné jusqu’à midi. Il avait demandé à un serviteur de le prévenir de l’heure de la prière du midi. Dès que celui-ci lui dit que c’est l’heure, il saute et il se met à prier sans renouveler ses ablutions. Sache donc qu’on se prosternant, il ne s’est point assoupi ni s’est point endormi…’

Puis il se prosterne jusqu’à l’heure de la prière de l’après-midi. Et dès qu’il la termine, il recommence sa prosternation et la continue jusqu’à l’heure du couché du soleil. Dès que le soleil se couche, il saute et se met à faire la prière du soir, sans toujours avoir fait ce qui pourrait annuler ses ablutions. Et il continue sa prière et ses suppléments de prière jusqu’à l’heure de la prière de la nuit. Une fois terminé, il rompt son jeûne en mangeant un peut de rôtis qu’on lui apporte. Puis il renouvelle ses ablutions, se prosterne, se lève et se couche pour un petit moment avant de se relever, de renouveler ses ablutions, de se lever et de se mettre à prier tout au long de la nuit jusqu’à l’aube. Dès que le serviteur lui annonce l’aube, il saute pour s’acquitter de la prière du matin. C’est ce qu’il fait depuis le moment où il se trouve sous ma surveillance’.

Je lui ai dit : ‘Crains Dieu et ne lui fais rien qui pourrait te priver de la bénédiction. Tu sais que personne ne leur a fait du mal sans qu’il ne soit privé de la bénédiction’. Il m’a dit : ‘Ils m’ont donné plusieurs fois l’ordre de le tuer. Je ne me suis pas exécuté. Je leur ai toujours dit que je ne le ferais pas. Même s’ils me tue, je ne le ferais pas’ » (3).

On lit dans l’histoire de Abû al-Fidâ’ qui tient de la sœur de as-Sindî Ibn Shâhak le rapport suivant sur l’emprisonnement de l’Imâm al-Kâzim (p) dans la maison de son frère et sur ses adorations : « Une fois qu’il terminait la prière de la nuit, il louait Dieu, Le glorifiait et L’invoquait jusqu’à minuit. Puis il se levait et se mettait à prier jusqu’à l’aube. Après la prière de l’aube, il invoquait Dieu jusqu’au levé du soleil. Puis il s’asseyait, dormait et se réveillait pour la prière du midi. Il priait entre la prière du soir et celle de la nuit. C’est ce qu’il faisait jusqu’au moment de sa mort » (4).

Qu’inspirons-nous de cette conduite pour notre vie ?

C’est cette conduite que nous suggérons aux Musulmans dont les conditions dures et difficiles les obligent à se trouver encastrés dans les prisons des injustes et des tyrans, où ils subissent des épreuves horribles parmi celles qu’exercent les geôliers pour les contraindre à renoncer à leurs positions, pour entamer leur résistance et pour les obliger à prendre des attitudes soumises en leur faisant miroiter des promesses de ne plus les torturer. Dans des situations pareilles, les Musulmans peuvent puiser la spiritualité de la foi en Dieu en se mettant à penser à Lui, à Lui la grandeur et la Gloire, en se mettant humblement devant Lui pour Le prier et Le supplier afin qu’Il les réconforte en les faisant spirituellement sortir de cette ambiance étouffante pour l’immense ambiance ouverte aux horizons de Dieu, à Sa miséricorde, à Sa grâce et à Sa satisfaction…

Nous avons besoin de nous inspirer de cette conduite cultuelle que vivaient les Imâms, les Guides, parmi les Gens de la Famille (p) et surtout de celle de l’Imâm al-Kâzim (p) dont nous venons d’en prendre connaissance. C’est à cela que doit s’intéresser l’éducation islamique en formant les savants et ceux qui appellent à Dieu, en soulignant la dimension spirituelle dans le mouvement de l’ambiance cultuelle qui fait élever l’homme croyant vers les horizons de la spiritualité suprême qui fait de la relation avec Dieu son but ultime en ce qui concerne son action et sa vie dans le sens pratique auquel il se prépare pour servir l’Islam, pour appeler à l’Islam, pour faire le jihâd pour l’Islam et pour agir avec conséquence pour rendre l’Islam à la vie sur les plans de l’autorité, de la loi, de la voie et de l’action universelle. Cela a besoin d’une grande énergie spirituelle qui est celle de la pensée et de la pratique à partir des innombrables défis qui sont lancés à la personne sous la forme de motivations ou d’intimidations visant à la faire renoncer à ces attitudes, à la faire dévier hors de la ligne ou pour mettre dans l’embarras la réalité islamique à travers elle. La connaissance ne suffit pas pour protéger celui qui connaît si elle n’est pas accompagnée de la foi qui s’approfondit dans l’esprit qui anime la conscience de l’homme. De même, le fait d’appartenir au mouvement islamique ne suffit pas pour garantir la loyauté des militants si cette appartenance n’est pas fondée sur la pensée et sur l’action, car le militantisme peut se transformer en une sorte de profession ou d’habitude.

L’énergie spirituelle est l’esprit de l’action, le mystère de la personnalité et la condition de la constance. Il est indispensable que cette énergie soit vivante par la pensée centrée sur les signes de Dieu, le Très-Haut, et les paroles de Son Messager (P) à partir de la capacité de prendre le Prophète (P) et les Membres de sa Famille (p) comme exemples à suivre. En nous arrêtons devant l’exemple de l’Imâm Mûssâ al-Kâzim (p), nous constatons la présence de cette orientation dans ses faits et gestes. Al-Mufîd écrit dans son « Irshâd » ce qui suit : « Abû al-Hassan, Mûssâ (p), était le plus dévot parmi ses contemporains, le plus versé dans la jurisprudence, le plus généreux et le plus noble. On dit qu’il faisait les prières recommandées de la nuit et les continuait jusqu’à l’heure de la prière de l’aube puis il enchaînait jusqu’au levé du soleil. Là il se prosternait et n’arrêtait d’invoquer Dieu et de Le glorifier avant midi. Il invoquait Dieu en disant : ‘Seigneur ! Je Te demande le repos lors de la mort et le pardon lors du Jugement’. Il disait aussi : ‘Les fautes de Ton serviteur sont grandes ; que Ton pardon soit aussi grand’. Il pleurait jusqu’à ce que ses larmes couvraient sa barbe’ » (5).

Al-Kulayni rapporte, dans son livre « al-Kâfî », de ‘Alî Ibn Ibrâhîm qui le tient de son père ‘Abdullah Ibn al-Mugîra, qui le tient de Mûssâ Ibn Bakr, qui le tient de Abû Ibrâhîm al-Kâzim (p), qu’il a écrit sur un parchemin une invocation où il est dit : « Seigneur ! Il T’est facile d’indemniser toutes Tes créatures pour mes grandes et petites fautes que j’ai commises à leur égard. Seigneur ! Fais-le à ma place car innombrables sont Tes grâces. Fais à ma place tout ce que ma main, mon corps, ma certitude et mon âme n’ont pas eu la force de faire. Ne laisse rien à récupérer à partir de mes bienfaits, ô Toi le plus miséricordieux des miséricordieux ! ».

Et il ajoutait : « Je témoigne qu’il n’y a pas de divinité si ce n’est Dieu, Il n’a pas d’associé. Et je témoigne que Muhammad est Son serviteur et messager, que la religion est celle qu’Il a instituée, que l’islam est tel qu’Il l’a décrit, que le Livre est tel qu’Il l’a révélé, que la parole est telle qu’Il l’a dite et que Dieu est la vérité évidente. Que Dieu évoque avec du bien Muhammad et les Gens de sa Famille ; que le salut de Dieu soit sur Muhammad et les Gens de sa Famille ! » ().

Cette invocation présente un mode d’éducation dans le processus d’assainissement psychique visant à se libérer de tous les aspects de la faiblesse humaine qui pourraient conduire l’homme à agresser les autres, poussé à le faire par certaines dispositions psychiques compliquées. Ce mode d’éducation consiste pour l’homme à invoquer Dieu et à Lui solliciter la capacité de racheter les injustices qu’il a commises à l’encontre des autres, que ces injustices soient du genre financier sous la forme d’argent qu’il leur aurait extirpé ou du genre physique sous la forme d’atteintes portées à leurs corps ou à leur honneur. Mais s’il se sent incapable de le faire, il sollicite Dieu de le faire à sa place et de récompenser de Sa grâce ceux qui sont maltraités, afin de se sentir absout et recommencer une nouvelle vie exempte de toute injustice et de toute déviation…

Le problème que pose certaines pratiques erronées parmi celles commises par les gens, surtout en ce qui concerne l’irrespect des droits des autres, est que ce problème peut devenir un complexe impossible à résoudre dont les racines peuvent aller très profondément dans l’âme. L’homme devient ainsi complexé et ne pourra plus s’ouvrir à la nouvelle vie pure et à l’abri des fautes.

L’invocation de l’Imâm (p) se termine comme nous l’avons vu, par une déclaration que l’homme adresse à Dieu témoignant qu’il croit en Lui, en Son Message, en Ses Livres et en Son Message. L’homme témoigne ainsi et s’engage à suivre la ligne droite qui est celle de l’Islam authentique, de sorte qu’il devient une expression de la discipline dans tous ses faits, gestes et rapports.

Nous pouvons constater que l’invocation islamique dont le modèle est représentée par les invocations rapportées du Prophète (P) et des Imâms appartenant aux Gens de la Famille (p), est un outil pratique fondé sur la foi et qui engorge l’âme de pures inspirations qui permettent à l’homme de bien comprendre les concepts justes et de bien éprouver les affections pures à partir de son sentiment intérieur qu’il avoue en la présence de Dieu, et à partir du soutien qu’il implore de Dieu pour le mettre à l’abri des conséquences négatives de ses impressions. Cela rend l’homme encore plus capable de résoudre ses problèmes parce qu’il est motivé par un sentiment intérieur et non pas seulement par un conseil qu’il reçoit de l’extérieur.

Si ce modèle d’invocation présente un outil éducationnel dans le processus d’assainissement psychique, il existe un autre modèle qui représente un outil spirituel qui sert à approfondir les liens avec les frères croyants à partir de l’inspiration intérieure consciente : Il s’agit d’invoquer Dieu pour les croyants en leur absence.

On lit à ce propos dans « al-Kâfî » une Tradition rapportée par ‘Alî Ibn Ibrâhîm qu’il tient de son père et qui dit : « J’ai vu ‘Abdullah Ibn Jandab à la station (à ‘Arafât) et je n’ai jamais vu une conduite qui serait meilleure que la sienne. Il levait ses mains vers le ciel et pleurait ; ses larmes coulaient jusqu’à atteindre la poussière. Une fois tous les pèlerins partis, je lui ai dit : ‘O Abû Muhammad ! Je n’ai jamais vu une conduite qui serait meilleure que la tienne’. Il m’a répondu : ‘Par Dieu ! Je ne L’ai invoqué que pour mes amis, car Abû al-Hassan, Mûssâ Ibn Ja’far (p), m’a appris qu’une voix émane du Trône pour dire à celui qui invoque Dieu pour son ami en son absence : ‘c’est entendu. Quant à toi, tu auras sa part multipliée par cent mille !’. J’ai donc eu peur d’abandonner cent mille récompenses garanties pour une seule invocation que je ne sais pas si elle sera exaucée ou non’ » (7).

Cet intérêt porté aux amis croyants en leur absence, à leurs problèmes, à leurs souffrances, à leurs aspirations, à leurs désirs et à leurs rêves, témoigne pour l’homme croyant du lien solide qui l’attache à ses amis croyants. Il vit leurs soucis quotidiens comme s’ils étaient les siens propres, et cela approfondit en lui le sentiment d’amour qui reflète l’expérience spirituelle de la conduite qu’est l’invocation… Lorsque cet outil pratique spirituel se transforme en un mode de vie dans l’existence des croyants, lorsque ses conséquences positives entrent en interaction au niveau de leurs sentiments, cela équivaut à un pacte, à un contrat, non écrit, qui est de nature spirituelle fondée sur la foi où chaque croyant vit l’engagement dévotionnel représenté par l’invocation. Ce contrat est un engagement de la part de l’homme de foi selon lequel il vit les soucis de son ami, le croyant, comme étant des soucis concrets dans sa propre vie. Il transforme ainsi le mouvement de ses sentiments en un mouvement concret dans la vie à travers le soutien qu’il apporte à son frère le croyant.

Si la Tradition confirme la réalité de la grande et exceptionnelle récompense qu’obtiendra celui qui invoque Dieu pour ses amis croyants en leur absence, elle signale en même temps la grande valeur, aux yeux de l’islam, de cette conduite cultuelle et sa place éminente dans la pratique générale de l’invocation dans la vie de l’homme croyant.

A la lumière de cette question, et après nous être rendus compte de l’importance que les Imâms (p) accordaient au concept d’invocation dans la raison et la conscience de l’homme musulman, concept qui cumule dans ses profondeurs l’authenticité des concepts islamiques, nous signalons beaucoup d’expressions et de mots que les gens sont habitués à répéter dans leurs invocations, dans leurs propos ou dans les discours qu’ils prononcent lors de leurs visites aux sanctuaires des Imâms (p). Il s’agit de propos peu fondés dont le sens apparent véhicule des concepts qui ne sont pas consciemment voulus par les locuteurs car, sous leurs formes apparentes, ils ne s’accordent pas avec les fondements doctrinaux des concepts islamiques. Pourtant, certains insistent à les maintenir dans l’usage coutumier des invocations et des visites et cela leur permet de circuler librement et de s’introduire dans les esprits de certaines personnes hostiles au chiisme et aux Chiites qui les retiennent et se fondent sur elles pour semer le doute en ce qui concerne le dogme qu’ils se hâtent de classer dans les catégories de la déviance et de l’extrémisme.

Nous citons, par exemple, l’invocation dite de « al-Faraj » (la délivrance) et qui se termine par ces mots : « Seigneur ! Délivre-nous par leur grâce d’une délivrance rapide et proche, à la vitesse de la vue ou plus ! O Allah, ô Allah, ô Allah, ô Muhammad, ô ‘Alî, ô ‘Alî, ô Muhammad, protégez-moi, vous les deux, vous suffisez à me protéger ; assistez-moi, vous les deux, vous êtes capables d’assister ». Y a-t-il dans le sens apparent de ces propos quelque chose qui inspire autre chose qu’une sollicitation adressée au Prophète (P) et à l’Imâm (p) au lieu de l’être à Dieu ? Comment le Prophète (P) ou l’Imâm (p) pourraient-ils nous protéger et assister si ce n’est pas Dieu qui le veut et qui le fait ? Nous affirmons que le sens de ces propos n’est autre que prendre le Prophète (P) et l’Imâm (p) en intercesseurs auprès de Dieu Auquel on demande protection et assistance. Mais les propos donnent l’illusion que le sens est autre.

Pourquoi donc maintenir cette invocation dans l’usage populaire qui peut renforcer dans l’esprit une croyance peu claire, surtout que ce texte n’est pas confirmé comme ayant émané du Prophète (P) ou d’un Imâm infaillible ?

Le rapport de l’Imâm au Coran

En nous penchant sur la vie de l’Imâm al-Kâzim, nous apprenons qu’il était le meilleur de ceux qui récitaient le Coran. En le récitant, il le faisait d’une belle voix qui attendrissait ceux qui l’écoutaient. C’est peut-être parce que la belle voix donne au mot coranique une concrétisation telle qu’il remplit la raison de l’homme et son cœur. Le mot ainsi récité va plus profondément dans l’âme que le mot qu’on lit sous sa forme écrite. Et c’est pour cette raison que Dieu a dit : ((Et récite avec soin le Coran)) (Coran LXXIII, 4). Il a dit aussi : ((Et nous l’avons fait réciter avec soin)) (Coran XXV, 32). Et c’est pour cette raison qu’on a dit de l’Imâm al-Kâzim (p) « qu’il était le meilleur parmi ceux qui récitaient le Coran. Il le récitait avec tristesse et il pleurait. Ceux qui l’écoutaient étaient pris de tristesse et ils pleuraient. Il pleurait par crainte de Dieu au point de couvrir sa barbe de ses larmes » (8).

Bibliographie

(1)- Manaqib Ibn Abû Shahrâshûb, tome II, page 397.

(2)- Al-Fadl ibn ar-Rabî’ Ibn Yûnus, il était le chambellan de Hârûn ar-Rashîd et, après lui, de son fils al-Amîn qui le traitait avec beaucoup d’égards. Târîkh Bagdâd, tome XII, p. 343

(3)- Les « Amâlî » (textes dictés) de as-Sadûq, p. 146.

(4)- le « Târîkh » (l’Histoire) de Abû al-Fidâ’, tome III, p. 13.

(5)- Al-Mufîd, « al-Irshâd », p. 231.

(6)- Al-Kulaynî, « al-Kâfî » (le Suffisant), tome III, p. 555.

(7)- Ibid, tome II, p. 508.

(8)- Al-Majlissî, « Bihâr al-Anwâr » (les Mers de Lumières), tome XLVIII, p. 106.

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