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Les
Infaillibles (p) > Les Infaillibles - L’Imâm ‘Alî Ibn Mûssâ
ar-Ridâ (p)
L’Imâm ‘Alî Ibn Mûssâ ar-Ridâ
(p) :
La vie de la pensée et du
Message ;
la grandeur dans les
manifestations de l’Imâmat
L’imâm ‘Alî Ibn Mûssâ ar-Ridâ (p) est l’un des Imâms
appartenant aux Gens de la Famille (p). Lorsque nous parlons de l’un de
nos Imâms (p), il nous est indispensable de vivre avec ses actes, ses
paroles, ses recommandations, ses enseignements, ses sermons et ses
instructions. La raison en est leur Imâmat qui est présent dans notre
vie du fait qu’ils ne vivaient pas seulement à l’époque où ils vivaient,
mais qu’ils accompagnaient la marche de la vie toute entière… Il en est
ainsi car le Message de l’Islam est celui de Dieu, celui qui est envoyé
à tous les hommes, dans tous les temps et dans toutes les espaces.
L’imâm ar-Ridâ (p) a vécu après son père, l’Imâm
Mûssâ al-Kâzim (p). Son influence a touché toute la vie islamique et
toute la réalité islamique. Les gens se rendaient chez lui pour
apprendre. Quant à lui, il portait son attention à toutes les questions
qui se posaient à son époque, comme celles du conflit intellectuel et de
la diversité religieuse… C’était cela la tâche des Gens de la Famille
(p), tâche consistant à épier tous les aspects de la réalité : La
réalité culturelle, afin d’assainir les concepts qui donnent à des
interprétations divergentes ; la réalité intellectuelle, afin de
rajuster beaucoup d’idées qui prêtent à des confusions ; la réalité
sociale, afin de réorienter la marche lorsque les gens dévient par
rapport au droit chemin.
C’est dans cet esprit que L’imâm ar-Ridâ (p)
rencontrait des Chrétiens, des Juifs, des Sabéens et des athées pour
dialoguer avec eux, pour leur parler de l’Islam et pour discuter avec
eux de leurs religions et de leurs idées. Selon les témoignages de ses
contemporains qui étaient au courant de ces discussions, les adeptes de
ces religions se trouvaient devant lui à court
de réponse. Ils se taisaient comme le fait celui qui ne possède pas de
preuve pour défendre son avis.
Pour connaître l’image de l’imâm ar-Ridâ (p) dans sa
profondeur en tant que celui d’un homme porteur du Message, il est
nécessaire de nous arrêter devant ce qui a été dit, à son compte, par
certains de ses contemporains ou par certains savants ultérieurs.
Muhammad Ibn ‘Issâ al-Yaqtînî a dit : « Lorsque les avis ont divergé
au sujet de Abû al-Hassan ar-Ridâ, on a rassemblé dix-huit mille
questions qui lui avaient été posées ainsi que les réponses à ces
questions ». Parmi les auteurs qui se référaient à lui et qui
transmettaient ses paroles, on note Abû Bakr al-Khatîb, dans son « Târîkh »
(Histoire), at-Tha’labî, dans son « Tafsîr » (Exégèse), as-Sim’ânî dans
son « Traité » (Risâlat) et Ibn al-Mu‘tazz, dans son livre, ainsi que
beaucoup d’autres (1).
Al-Hâkim, Abû ‘Abdullah al-Hâfiz, tient –selon sa
propre chaîne de transmission- de al-Fadl Ibn al-‘Abbâs, qui tient de
Abû as-Salt, ‘Abdus-Salâm Ibn Sâlih al-Harawî, qui a dit : « Je n’ai
jamais connu quelqu’un d’aussi savant que‘Alî Ibn Mûssâ ar-Ridâ (p).
Aucun savant ne peut le voir sans en donner un témoignage comme le mien.
Le calife abbasside al-Ma’mûn a rassemblé un grand nombre de savants
de toutes les religions, ainsi que des savants appartenant à toutes les
mouvances intellectuelles, des jurisconsultes et des théologiens, et il
leur a demandé de polémiquer librement avec l’Imâm ar-Ridâ (p). L’Imâm
(p) a pu les vaincre tous, et ils ont tous reconnu leur propre faiblesse
comparée à la supériorité de l’Imâm dans tous ces domaines. J’ai
entendu ‘Alî Ibn Mûssâ ar-Ridâ dire : « Je m’asseyais à l’intérieur
de la Mosquée du Prophète (P), à Médine, tout près du Sanctuaire Sacré
où d’innombrables savants répondaient aux questions que posaient les
gens. Chaque fois que l’un de ses savants se voyait incapable de
répondre à une question, ils me désignaient tous de leurs doigts et ils
m’envoyaient les questions auxquelles je donnais toujours les bonnes
réponses » (2).
Ibrâhîm Ibn al-‘Abbâs, l’un de ses contemporains, a
dit : « Jamais ar-Ridâ n’a été interrogé sur une question religieuse
ou profane sans en connaître la réponse. Je n’ai jamais connu quelqu’un
qui, comme lui, savait tout ce qui s’est déroulé depuis le début des
temps jusqu’à son époque. Al-Ma’mûn le testait en lui posant des
questions sur toutes les choses et toujours il lui donnait la réponse
satisfaisante. Toutes ses réponses et ses paroles étaient tirées du
Coran » (3). En effet le Coran était la source de
toute sa culture et de tous les détails des réponses qu’il donnait aux
questions qu’on lui posait. Cela veut dire que, lorsque l’homme
contemple dans le Coran, cherche à le comprendre, vit dans ses horizons
et s’approfondit dans ses mystères, il devient capable de comprendre la
vie sous tous ses aspects ; il pourrait savoir toutes ses lignes et tous
ses détails, tantôt à travers l’inspiration coranique, tantôt à travers
le contenu du Coran. L’Imâm (p) lisait le Coran et réfléchissait pour
saisir son sens. Il disait à ce propos : « Je n’ai jamais lu un Verset
sans y réfléchir, sans réfléchir à la circonstance de sa révélation et
au temps de sa révélation » (4).
Il a discuté avec beaucoup de philosophes et de
soufis. Il s’adressait à chacun d’eux en prenant en compte son niveau de
connaissance. Eux tous ont trouvé en lui un Imâm encyclopédiste qui
n’avait de complexe vis-à-vis de n’importe quelle question, qui ne
refusait de discuter d’aucune question. Il donnait plutôt sa science à
tous et, comme nous l’avons dit, le Coran était toujours le point de
départ de toutes ses réflexions. Abû as-Salt a dit à ce propos :
« Muhammad Ibn Ishâq Ibn Mûssâ Ibn Ja’far m’a rapporté de son père que
Mûssâ Ibn Ja’far disait à ses fils : ‘Votre frère ‘Alî Ibn Mûssâ et le
savant de la Famille de Muhammad. Instruisez-vous auprès de lui au sujet
de votre religion et apprenez ce qu’il vous dit » (5).
L’un des compagnons proches de l’Imâm al-Kâzim (p),
‘Alî Ibn Yaqtîn, a dit : « Mûssâ Ibn Ja’far (p) m’a dit sans que ne lui
pose une question : Celui-ci – en désignant du doigt son fils ar-Ridâ-
est celui, parmi mes fils qui s’y connaît le plus en jurisprudence. Et
je lui ai donné mon surnom » (6).
Al-Wâqidî, cité par le savant Ibn al-Jawzî, parle de
l’Imâm ar-Ridâ (p) en ces termes : « Il était un homme de confiance
pour ce qui est de sa science. Il prononçait des avis juridiques à la
Mosquée du Messager de Dieu (p) à l’âge d’un peu plus de vingt ans ».
(7). Al-Wâqidî lui-même rapporte, qu’en passant par
Nishapour, lors de son voyage de Médine au Khorasan, l’Imâm ar-Ridâ (p)
a été reçu par les savants de la ville comme Yahyâ Ibn Yahyâ, Ishâq Ibn
Râhwayh, Muhammad Ibn Râfi’, Ahmad Ibn Harb et autres, qui étaient tous
venus à la recherche des hadîth qu’il connaissait mais aussi pour être
bénis par lui » (8).
Pour toutes ces raisons, nous estimons qu’il est
nécessaire d’étudier toute l’œuvre de ce grand Imâm Infaillible, car son
œuvre englobe tous les aspects de la philosophie, de la jurisprudence,
de l’exégèse, de l’éthique et de l’action. Celui qui étudie l’œuvre de
l’Imâm ar-Ridâ (p) peut ainsi acquérir une riche culture islamique
multilatérale et multidimensionnelle.
C’est à cela que nous appelons lorsque nous évoquons
les Traditions des Gens de la Famille (p). Nous ne devons pas nous
contenter de l’aspect tragique de leur vie lorsque nous en parlons. Nous
devons parler aussi de leur patrimoine qui est une richesse pour
l’humanité. Si nous l’étudions, l’expliquons et l’analysons, il nous
sera possible de le présenter à l’humanité de l’époque contemporaine ;
il nous sera possible d’inviter l’humanité à comprendre les Imâms (p)
comme s’ils y étaient présents, comme s’ils se chargeaient eux-mêmes de
traiter ses questions, de résoudre ses problèmes et, par conséquent, de
la diriger sur le droit chemin.
L’humanisme du Message dans les caractères moraux de
l’Imâm ar-Ridâ (p)
Ce que nous venons de dire nous donne une idée de la
science de l’Imâm ar-Ridâ (p) et de son ouverture vis-à-vis de son
Seigneur. Mais à propos de son image en rapport avec ses relations avec
les gens, ses conduites, sa politesse morale et sa modestie envers ceux
qui lui étaient inférieurs, nous laissons parler Ibrâhîm Ibn al-‘Abbâs
qui dit : « Je n’ai jamais vu Abû al-Hassan ar-Ridâ (p) parler
durement avec quiconque parmi les gens… ». Il a vécu avec tous les
gens ; avec les petits et les grands, avec les ennemis et les amis ;
avec les couches du bas de l’échelle sociale. Il est naturel pour la
personne qui vit une telle expérience dans ses rapports avec les gens,
de se heurter à eux, de souffrir à cause de leurs agissements négatifs,
de se sentir lésée par un comportement par ci ou un comportement par là.
En fait, ils étaient très nombreux ceux qui, du régime au pouvoir
jusqu’au commun des mortels, portaient atteintes aux Imâms (p). Il est
naturel pour une personne agressée ou traitée arbitrairement de
s’exprimer en prononçant un mot dur face à celui qui l’a traitée
injustement, ou un propos violent face à celui qui l’a agressée. Cela
n’est-il pas courant parmi les gens qui sont aux prises avec leurs
problèmes et les complications de leur vie ? Mais l’Imâm ar-Ridâ (p)
n’avait que des mots polis, car il lisait le Coran d’une manière qui se
traduit directement dans son comportement. L’Imâm ar-Ridâ (p) lisait la
parole divine qui dit : ((Dis à Mes serviteurs de dire les meilleures
paroles)) (Coran XVII, 53).
Il disait la meilleure parole à ses amis et à ses
ennemis sans distinction. Il utilisait la bonne parole avec ceux qui lui
faisaient du mal et avec ceux qui lui faisaient du bien. Car la parole
que tu prononces c’est en quelque sorte ta propre personne. Elle
représente ton esprit, ta raison et ton cœur. Si tu es un homme bon, tes
paroles doivent être bonnes. La preuve est que Dieu, le Très-Haut, a dit
au sujet du Prophète (P) qui est notre exemple à suivre, qui est aussi
l’exemple à suivre par les Imâms appartenant aux Gens de la Famille
(p) : ((C’est par quelque miséricorde venue de Dieu que tu te montres
si accommodant à leur égard ; eusses-tu fait preuve de rudesse, de
dureté de cœur, qu’ils se seraient dispersés d’autour de toi)) (Coran
III, 159). Si nous apprenons à dire des bonnes paroles, des paroles
douces, si nous apprenons à calmer nos esprits et utiliser nos raisons
lorsque nous parlons, cela peut nous être très utile au niveau des
relations sociales dans lesquelles il nous sera possible de transformer
nos ennemis en amis. C’est à cela exactement que nous invite le Verset
coranique qui dit : ((L’action bonne n’est pas semblable à la
mauvaise. Repousse celle-ci par ce qu’il y a de meilleur ; celui qu’une
inimité sépare de toi deviendra alors pour toi un ami chaleureux)) (Coran
XLI, 34).
Des bons caractères issus du Prophète (P)
L’Imâm ar-Ridâ (p) respectait les gens avec qui il
parlait. Il les laissait parler sans les interrompre car cela pourrait
les débarrasser et les empêcher de s’exprimer, même si certains se
laissaient aller en disant ce qui ne doit pas être dit ou ce que l’on
n’a pas besoin d’entendre. « Je ne l’ai jamais vu, continue Ibn al-‘Abbâs,
interrompre quelqu’un qui parlait ». Car celui-ci pouvait avoir
quelque chose d’important à dire à la fin de son discours. Les hommes
aiment parler et être écoutés. Les bons caractères veulent donc que tu
écoutes plutôt que parler. En écoutant, cela peut augmenter tes
connaissances et tes expériences. De plus, en écoutant les autres, tu
arrives mieux à les comprendre…
L’Imâm ar-Ridâ (p), continue a nous informer Ibn al-‘Abbâs,
« n’a jamais repoussé quelqu’un qui lui demandait un service si
toujours il pouvait le lui rendre ». Il n’était pas gêné de
constater que les gens avaient besoin de lui. Selon d’autres rapports,
il se hâtait plutôt de satisfaire les demandes des autres car il
craignait, s’il tardait de le faire, que les autres trouvent de quoi
résoudre leur problème sans son aide, ce qui le priverait d’une
bénédiction divine parmi celles destinées à ceux qui rendent des
services aux autres. Cela est le contraire de ce que nous faisons
d’habitude lorsque nous nous mettons à remettre à plus tard les services
qu’on nous demande poussant ainsi les demandeurs au désespoir et à ne
plus nous les demander. Mais l’Imâm ar-Ridâ (p) nous apprend que les
besoins qu’ont les autres de nous sont des bénédictions qui nous sont
destinées par Dieu, et c’est pour cette raison qu’il n’a jamais repoussé
quelqu’un qui lui demandait un service si toujours il pouvait le lui
rendre.
Parlant toujours de l’Imâm ar-Ridâ (p), Ibn al-‘Abbas
ajoute : « Il n’a jamais tendu ses pieds devant la personne qui lui
parlait ». L’Imâm (p) respectait la personne qui se trouvait en sa
compagnie. Il ne tendait pas ses pieds devant elle, car cela peut lui
porter atteinte. Il en est ainsi car, pour les moralités sociales,
tendre les pieds face à la personne qui se trouve en notre compagnie
peut lui porter atteinte. Puis il ajoute : « Je ne l’ai jamais vu
s’accouder en la présence de la personne qui se trouvait en sa compagnie ».
Il ne s’accoudait jamais même s’il se sentait fatigué, et ce par
modestie à l’égard de la personne qui se trouvait en sa compagnie, car
s’accouder dans une telle situation inspire, dans beaucoup de contextes
sociaux, la grandeur, l’arrogance, la distinction et même le mépris de
l’autre. Et Ibn ‘Abbas d’ajouter : « Je ne l’ai jamais vu insulter
l’un de ses serviteurs ». il est parfois naturel pour une personne
qui est responsable dans une entreprise où travaillent des ouvriers et
des fonctionnaires d’entrer en friction avec un employé qui lui
porterait atteinte en lui adressant la parole, en manquant à son travail
ou en ne respectant pas les horaires de son travail. Et dans ce cas, il
peut lui arriver de se mettre en colère, d’insulter et d’injurier. Mais
l’Imâm (p) ne le faisait jamais.
Enfin, Ibn ‘Abbâs dit : « Je ne l’ai jamais vu
cracher ou rire aux éclats. Son rire n’allait pas au-delà du sourire ».
S’il voulait cracher, il le faisait discrètement pour ne pas dégoûter
son entourage.
Les bons caractères de l’Imâm ar-Ridâ (p)
s’exprimaient à travers son sens humain, dans sa compassion à l’égard
des pauvres et dans sa tendresse envers ses serviteurs. « Lorsqu’il
n’avait pas de visiteurs et se trouvait seul, il rassemblait tous ses
serviteurs, grands et petits, pour leur parler et les écouter afin de se
sentir bien avec eux et des se sentir biens avec lui. Chaque fois qu’il
s’attablait pour manger, il réunissait ses serviteurs, grands et petits,
même le palefrenier et le barbier, pour manger tous ensemble ».
Il n’était pas du genre de beaucoup de gens parmi
ceux qui, se mettant à table pour manger, mettaient dans un coin retiré
une autre table pour leurs employés et leurs serviteurs, et ce par
mépris à leur égard ou par surestime de la couche sociale à laquelle ils
appartiennent eux-mêmes. L’un des compagnons de l’Imâm ar-Ridâ nous
rapporte ceci : « Je me trouvais avec l’Imâm ar-Ridâ lors de son
voyage au Khorasan. Il a un jour demandé qu’on lui donnât à manger ;
mais avant de commencer, il a réuni autour de sa table tous ses
serviteurs noirs et blancs. Je lui ai dit alors : ‘Que je sois sacrifié
pour toi, pourquoi ne laisses-tu pas ceux-là manger seuls autour d’une
table à eux ? Il m’a répondu -que la paix soit sur lui : ‘Que dis-tu
là ? Tais-toi ! Le Seigneur est un, la mère est une, le père est un,
mais la rétribution sera distribuée selon les actions’ »
(11), voulant ainsi dire que nous sommes tous les enfants d’un seul
et même homme et que ((Les plus pieux parmi vous sont les plus nobles))
(Coran XLIX, 14).
Désignant du doigt l’un de ses serviteurs noirs,
l’Imâm (p) a dit à l’un de ses compagnons qui lui a fait la même
réflexion : « Voix-tu ce serviteur noir ? Je jure, quitte à affranchir
un esclave, et je n’ai jamais juré sans avoir affranchi un esclave et
sans l’avoir fait suivre par tout ce que je possède, que je ne me
considère pas comme valant mieux que cet esclave du fait de ma
descendance du Messager de Dieu, sauf si je vaudrais mieux que lui du
fait d’une bonne action » (12).
La parenté toute seule ne procure pas de la valeur à
l’homme dans le sens où elle lui assure plus de valeur que les autres.
Les descendants du Messager de Dieu (P) peuvent avoir de la valeur en
tant que tels, mais la parenté et la descendance n’ont pas de valeur en
Islam. Les Gens de la Famille (p) n’ont jamais dit que la descendance
confère à l’homme une valeur supérieure à celle des autres, car l’homme
ne choisit pas sa descendance mais ce qu’il choisit ce sont ses actions
et son obéissance à Dieu. Une Tradition dit à ce propos : « Celui qui
est un partisan de Muhammad est celui qui obéit à Dieu même s’il est de
descendance éloignée. L’ennemi de Muhammad est celui qui désobéit à Dieu,
même s’il est de descendance proche ».
La dévotion de l’Imâm
Les historiens nous parlent de la dévotion de l’Imâm
ar-Ridâ (p). Ils ont dit à ce propos que « Se trouvant pendant la
nuit dans son lit, il récitait longuement le Coran. Lorsqu’il passait
par un Verset qui parle du Paradis ou de l’Enfer, il pleurait et
demandait à Dieu de lui assurer l’entrée au Paradis et de l’épargner de
l’Enfer » (13). Ibrâhîm Ibn ‘Abbâs as-Sawlî décrit
la dévotion de l’Imâm en disant : « Il dormait peu pendant la nuit.
Il veillait beaucoup, du soir jusqu’au matin. Il jeûnait beaucoup et ne
manquait jamais de veiller trois jours par mois. Il disait que ce jeûne
est le jeûne éternel. Il faisait, discrètement beaucoup de bien et
discrètement il donnait l’aumône. Le plus souvent, il le faisait quand
il fait nuit noire. Ne croyez pas celui qui prétend avoir vu quelqu’un
qui lui ressemblerait ». (14).
As-Sawlî décrit l’Imâm (p) pendant qu’il adressait
ses prières ferventes à son Seigneur en disant : « Dès que commence
le dernier tiers de la nuit, il quittait son lit en louant Dieu, en Le
glorifiant et en Lui demandant pardon. Puis il nettoyait ses dents avec
le siwâk avant de faire ses ablutions et de commencer sa prière de la
nuit. Il faisait huit génuflexions et récitait les salutations toutes
les deux génuflexions. Dans la première de chacune de ces deux
génuflexions, il récitait la Fâtiha une fois et ‘Dis : Dieu est
Un’ trente fois. Puis il faisait la prière de Ja’far Ibn Abû
Tâlib (p), qui est une prière de quatre génuflexions. Il y récitait les
salutations toutes les deux génuflexions et faisait le qunût toutes les
deux génuflexions avant l’inclination et après les glorifications,
considérant ainsi cette prière comment faisant partie de la prière de la
nuit. Puis il passait aux deux génuflexions suivantes et récitait dans
la première la Sourate ‘al-Fâtiha’ et ‘la Royauté’ et dans la seconde la
Fâtiha’, une seule fois et ‘l’homme a-t-il connu’. Puis il
se relevait pour s’acquitter des deux génuflexions paires dans
lesquelles il récitait la Fâtiha une fois et ‘Dis : Dieu est Un’
trois fois, avant de réciter : ‘Dis : Je demande asile auprès
du Seigneur de l’aube’, une seule fois, et : ‘Dis : Je demande
asile auprès du Seigneur des hommes’, une seule fois, avant de
faire le qunût au cours duquel il disait : « Seigneur ! Prie sur
Muhammad et la Famille de Muhammad ! Seigneur ! Dirige-nous parmi ceux
que Tu diriges ; offre-nous le salut parmi ceux à qui Tu offres le salut ;
fais que nous soyons parmi ceux qui sont les Tiens ; bénie ce que Tu
nous offres ; mets-nous à l’abri du mal de Tes sentences car Tu juges et
Tu n’es jamais jugé. Jamais celui que Tu assistes ne sera humilié ;
jamais celui que Tu lui es hostile ne trouvera la gloire. Gloire et
Grandeur sont à Toi, ô notre Seigneur ! ». Puis il disait : ‘Je
demande pardon auprès de Dieu’ soixante-dix fois. Une fois finie
la récitation des salutations, il s’asseyait et disait ce qu’il voulait
à Dieu lors du qunût. A l’approche de l’aube, il se levait et faisait
les deux génuflexions recommandées de l’aube et récitait la Fâtiha et :
‘Dis : ش vous les
mécréants’ dans la première et, dans la seconde, la Fâtiha et ‘Dis :
Dieu est Un’. Au levé de l’aube, il prononçait l’appel à la
prière, puis il faisait la prière du matin qu’il terminait par un qunût
qui durait jusqu’au levé du soleil avant de faire les deux
prosternations dites des remerciements » (15).
Voilà donc ce qu’est la ligne des Gens de la Famille
(p) qui est la ligne de l’attachement à Dieu par l’amour et par le désir
de Le rencontrer. Cet amour se reflète au niveau de la réalité sous la
forme de la responsabilité issue de l’aspect universel de la conception
islamique de la vie où la dévotion s’ouvre vis-à-vis de l’univers,
Vis-à-vis de l’homme et vis-à-vis de la vie. Une dévotion qui ne
s’étouffe pas dans les coins étroits mais s’ouvre plutôt à toute la
scène sociale, politique et économique à partir de la vision islamique
concernant tous ces domaines.
Les Imâms appartenant aux Gens de la Famille (p) ont
fait de la dévotion une manière de plaire à Dieu, une forme de jihâd
pour la cause de Dieu, une façon d’instruire la Nation invitée à adopter
l’Islam comme mode de vie, comme option doctrinale et comme ouverture à
toute la réalité vue à travers ses grandes causes. Ceux qui les aiment
et ceux qui leur sont hostiles ont reconnu ces qualités des Imâms (p).
Le calife abbasside, al-Ma’mûn, reconnaît l’Imâm ar-Ridâ (p) comme son
héritier présomptif. « Il l’a fait par désir de rencontrer Dieu, à
Lui la Grandeur et la Gloire, tout en Lui étant fidèle par le respect de
Sa religion et de Ses serviteurs. Il a choisi comme dirigeant de la
Nation après lui la meilleure personne qu’il ait pu trouver quant à sa
dévotion, sa piété et sa science. La meilleure personne susceptible de
servir la cause de Dieu et de faire prévaloir Ses droits. Il a choisi
‘Alî Ibn Mûssâ ar-Ridâ (p) pour ses qualités inégalables, pour sa
science reconnue par tous, pour sa piété manifeste, pour son ascétisme
pur, pour son renoncement au monde, pour sa distinction par rapport aux
hommes. Il a reconnu ainsi ce que les enseignements s’accordent à le
reconnaître, ce que les langues admettent unanimement, ce que les avis
convergent pour l’agréer, ce qui est universellement connu. Il l’a
choisi pour ses mérites quand il était petit, quand il était jeune, et
quand il est devenu adulte. C’est pour cela qu’il l’a choisi comme
héritier présomptif et comme calife après lui » (16).
Rajâ’ Ibn Abû ad-Dahhâk qui a accompagné l’Imâm
ar-Ridâ (p) dans son voyage de Médine à Merv le décrit en ses termes :
« Je l’ai accompagné de Médine jusqu’à Merv et je n’ai vu un homme
plus pieux que lui ; ni un homme qui, plus que lui, évoque Dieu pendant
tout son temps ; ni un homme qui, plus que lui, a peur de Dieu, à Lui la
Grandeur et la Gloire. En se réveillant, il faisait la prière de
l’aube. Après les salutations, il restait assis dans son lieu de prière
pour glorifier Dieu et Le louer et pour L’implorer de prier sur Muhammad
et la Famille de Muhammad. Il continuait de le faire jusqu’au levé du
soleil avant de se prosterner longuement pendant la matinée. Après cela
il rejoignait les gens pour leur parler et les instruire Jusqu’à
l’approche de midi » (17). L’un de ses
compagnons dit : « Je me suis rendu chez ‘Alî Ibn Mûssâ ar-Ridâ (p) et
j’ai vu devant lui une gargoulette qu’il voulait utiliser pour verser de
l’eau et faire ses ablutions. Je me suis approché pour verser de l’eau
sur ses mains, mais il a refusé en me disant : ‘Mais non !’. Je lui
ai dit : ‘Pourquoi m’empêches-tu de verser de l’eau sur tes mains ?
Est-ce parce que tu n’aimes pas que j’en sois récompensé par Dieu ?’. Il
m’a répondu : ‘Te laisserais-je obtenir une récompense et être moi-même
châtié ?’. ‘Comment cela ? Lui ai-je dit’. Il m’a dit : ‘N’as-tu
pas entendu Dieu, à Lui la Grandeur et la Gloire, lorsqu’Il dit : ((Quiconque
espère rencontrer la face de son Seigneur, qu’il pratique le bien et
qu’il n’associe aucune autre créature dans l’adoration due au seigneur))
(Coran XVIII, 1110).
Au sujet de sa méthode d’adoration basée sur la foi
en l’Unicité de Dieu, on nous rapporte que, lors de son voyage de Médine
à Khorasan, pour y rencontrer al-Ma’mûn, les gens se rassemblaient à
toutes les haltes où il descendait pour se reposer. Lors de l’une de ces
haltes, les traditionnistes qui collectent les hadîth du Messagers de
Dieu (P) sont venus vers lui afin d’entendre un Hadith et le mettre par
écrit. Il leur a fait entendre le Hadîth connu sous le nom de la Chaîne
d’or en disant : « Mon père, Mûssâ Ibn Ja’far, qui le tient de son père,
Ja’far Ibn Muhammad, qui le tient de son père Muhammad Ibn ‘Alî, qui le
tient de son père, ‘Alî Ibn al-Hussein, qui le tient de son père
al-Hussein Ibn ‘Alî, qui le tient de son père ‘Alî Ibn Abû Tâlib, qui le
tient du Messager de Dieu, qui le tient de Jabrâ’îl qui le tient de Dieu
qui a dit : ‘‘La proposition ‘Il n’y a pas de Dieu en dehors de Dieu’
est Ma place fortifiée ; quiconque entre dans Ma place fortifiée sera
épargné de Mon châtiment’’ » (19).
La foi en l’unicité de Dieu est le fondement. Tout,
dans la doctrine islamique et dans la ligne islamique, est fondé sur la
foi en l’unicité de Dieu. La foi en l’unicité de Dieu est le fondement
de la doctrine et de l’action. Elle est le fondement de toutes les
relations et les activités de l’homme durant toute sa vie. C’est pour
cette raison que le Noble Coran condense toute la religion dans la foi
en l’unicité de Dieu : ((Ceux qui ont dit : ‘Notre Seigneur est Dieu’
et qui se sont acheminés vers Lui, reçoivent les visites des anges qui
leur disent : ‘Ne craignez rien et ne vous affligez pas ;
réjouissez-vous du Paradis qui vous a été destiné)) (Coran XL, 30).
L’islam a vu le jour pour dire aux hommes que la foi en l’unicité de
Dieu est elle qui ouvre les raisons vis-à-vis de la loi et du Jour
Dernier. C’est pour cette raison que l’Islam demande aux homme d’avoir
la foi en l’unicité de Dieu comme point de départ dans leurs relations,
dans leurs attitudes et dans tout ce qui les concerne.
La foi en l’unicité de Dieu est, dans son sens
doctrinal, le fait pour l’homme de ne croire en aucune divinité autre
que Dieu. Elle est, dans son sens cultuel, le fait pour l’homme de
n’adorer aucune divinité autre que Dieu. Elle est, dans son sens lié à
l’engagement, le fait pour l’homme de ne s’engager à obéir à quiconque
en dehors de Dieu. De se fait, la foi en l’unicité de Dieu est de rompre
avec tout engagement, toute obéissance et toute soumission à toute
créature. L’Imâm ar-Ridâ (p) a remarqué que certaines personnes
comprennent mal cette proposition lorsqu’ils pensent qu’en témoignant
qu’il n’y a pas de divinité en dehors de Dieu et que Muhammad est le
Messager de Dieu, cela leur permettrait de se sentir à l’abri du
châtiment divin quelles que puissent être leurs actions. L’Imâm (p) leur
a dit : « Mais à condition de respecter ses conditions, et moi-même je
suis l’une de ses conditions ». Cela veut dire que la foi en l’unicité
divine est la foi en Dieu, en Son Messager et au Jour dernier, ainsi que
suivre la lumière descendue par Dieu, lumière qu’est le Coran, et suivre
la direction légale sur la ligne de l’Imâmat, ligne représentée à
l’époque par l’Imâm ar-Ridâ (p). Nous constatons donc qu’il ne suffit
pas pour l’homme de croire en Dieu et en Son Messager. Il doit aussi
avoir toute sa vie intellectuelle et pratique sur la ligne de Dieu et de
Son Messager (p). C’est pour cette raison que Dieu ne parle jamais de la
foi sans la lier à la bonne action. L’homme ne peut être gagnant auprès
de Dieu que dans la mesure où il croit et fait des bonnes œuvres.
Bibliographie
(1)- Manâqib
آl Abû Tâlib, tome
4, p. 341
(2)- Bihâr al-Anwâr,
tomme 49, p. 100
(3)- Al-Fusûl
al-Muhimma fî Ma’rifat Ahwâl al-Umma, de Ibn as-Sabbag al-Mâlikî, p. 251
- ‘Uyûn Akhbâr ar-Ridâ, tome 2,
p. 179
(4)- Ibid, p.
180
(5)- Bihâr al-Anwâr,
tome 49, p. 100
(6)- As-Sadûq,
‘Uyûn Akhbâr ar-Ridâ, tome 1, p. 22
(7)- Sibt Ibn
al-Jawzî, Tadhkirat al-Khawâss, p. 351
(8)- Ibid, p.
353
(9)- As-Sadûq,
‘Uyûn Akhbâr ar-Ridâ, tome 2, p. 184
(10)- As-Sadûq,
‘Uyûn Akhbâr ar-Ridâ, tome 2, p. 156
(11)- Bihâr
al-Anwâr, cite par al-Kâfî, tome 49, p. 101
(12)- As-Sadûq,
‘Uyûn Akhbâr ar-Ridâ, tome 2, p. 237
(13)- Ibid, t.
2, p.182
(14)- As-Sadûq,
‘Uyûn Akhbâr ar-Ridâ, tome 2, p. 181
(15)- Ibid, t.
2, p.181
(16)- Al-Fusûl
al-Muhimma fî Ma’rifat Ahwâl al-Umma, de Ibn as-Sabbag al-Mâlikî, p. 258
(17)- As-Sadûq,
‘Uyûn Akhbâr ar-Ridâ, tome 2, p. 180
(18)- Al-Kâfî,
tome 3, p. 69
(19)- As-Sadûq,
‘Uyûn Akhbâr ar-Ridâ, tome 2, p. 134
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