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Les Gens de la Famille

L’Imam ‘Ali reste le Prince des Croyants avec ou sans l’exercice du califat.

Q : Quel était le rôle de l’Imam ‘Ali (a.s) pendant les 25 années qu’il a passées auprès des califes ?

R : Ce fut un rôle très important car l’Imam se considérait comme Prince des Croyants que ce fût à l’extérieur du califat ou à l’intérieur. Par conséquent, en tête de l’Etat ou non, il assumait sa responsabilité à l’égard de l’Islam tout entier. On n’a qu’à examiner son attitude vis-à-vis de ceux qui l’avaient évincé du califat et usurpé son droit. Il leur prodiguait ses conseils, résolvait leurs problèmes, sans complexe aucun. La différence entre les autres et ‘Ali (a.s) est qu’il était entièrement islamique et portait à l’égard de l’Islam la même responsabilité que le Messager (SAW) sauf qu’il n’était pas prophète. Il l’a dit clairement : ‘‘Je continue à céder tant que les intérêts des Musulmans sont saufs et tant que l’injustice ne s’abat que sur moi en particulier.’’ Il a ainsi conseillé et aidé ses prédécesseurs, défendu ‘Uthmân et envoyé ses deux fils pour le défendre (quand il était assiégé), mais cela ne veut pas dire qu’il a délaissé ou renoncé à son droit. En fait, nous devons apprendre beaucoup de lui en matière d’abnégation, de largeur d’esprit et de rectitude. Il a enseigné cela avant et après son accès au califat.

L’Imam ‘Ali ne renonça pas à son droit mais le gela.

Q : La théorie shi‘ite dit que l’Imamat est une disposition divine et un prolongement de la prophétie. Mais alors, pourquoi l’Imam ‘Ali (a.s) renonça-t-il à son droit au califat étant donné qu’il n’est pas permis au prophète de renoncer à sa mission ? N’était-ce pas pareil,

R : L’Imam ‘Ali (a.s) ne renonça pas à son droit mais gela seulement sa réclamation parce qu’il n’avait, par manque d’alliés et de soutien, aucune chance d’obtenir son droit ou d’avoir gain de cause. L’Imam (a.s) en a parlé dans l’un de ses sermons : ‘‘(Ne m’étonna alors que la précipitation des gens sur un tel pour lui prêter serment d’allégeance. Je m’en suis abstenu) jusqu’à ce que j’aie vu la volte-face des gens qui, loin de l’Islam, appelaient à l’écrasement de la religion du Prophète (SAW). Je me suis effrayé alors à l’idée de voir - si je n’apportais pas mon soutien à l’Islam et à ses partisans- une faille ou une destruction qui me causerait plus de tort que la perte de l’autorité sur vous, (qui n’est en fin de compte qu’un bien éphémère qui disparaît tel un mirage ou un nuage)’’. Même les prophètes (a.s) quand les défis et les difficultés les empêchent d’accomplir la mission, ils s’arrêtent, non délibérément mais parce que les circonstances ne leur permettent pas (d’avancer).

La désignation de ‘Ali (a.s) (à la succession).

Q : Comment le Messager (SAW) investit-il ‘Ali du califat ? Etait-ce seulement une présentation de candidature –comme disent certains écrivains- ou l’a-t-il fait sur ordre d’Allah –gloire à Lui ?

R : Notre croyance en cette matière est que le Prophète (SAW) sur ordre d’Allah, désigna ‘Ali à sa succession, le jour d’Al-Ghadîr : ‘‘O Messager ! Fais connaître ce qui t’a été révélé par ton Seigneur. Si tu ne le fais pas, tu n’auras pas fait connaître Son message. Allah te protègera contre les hommes…’’ (Coran V, 67).

D’après l’exégèse, ce verset fut révélé le jour d’Al-Ghadîr. Il s’agit de comprendre que l’Islam que le Messager d’Allah avait construit avait nécessairement besoin, pour être protégé et entretenu, d’un successeur mandaté à cet effet par le Prophète (SAW).

Ensuite, il y a le sermon du Prophète dans lequel il dit : n’ai-je pas plus droit sur les croyants qu’ils n’ont sur eux-mêmes ? – ‘‘Si’’ répondirent-ils. Ils ont reconnu que le Prophète détenait l’autorité sur eux, plus qu’ils n’en détiennent eux-mêmes. Alors, il enchaîna ‘‘Quiconque me prend pour maître, ‘Ali est son maître’’- Ainsi, cette autorité instituée par Allah (le Souverain suprême) en faveur de Son Message fut donnée aussi à ‘Ali (a.s). Celui-ci a donc plus de droit sur les croyants qu’ils n’ont eux-mêmes. ‘‘O Seigneur sois l’allié de ses alliés et l’ennemi de ses ennemis !’’ Etait-ce alors une candidature ou une désignation. Le verset suivant fut alors révélé pour couronner l’événement : ‘‘Aujourd’hui, j’ai rendu votre Religion parfaite. J’ai parachevé ma grâce sur vous ; J’agrée l’Islam comme étant votre Religion.’’ (Coran V, 3).

D’après des récits rapportés, une tente fut dressée alors pour ‘Ali et il fut demandé aux Musulmans de passer le saluer tour à tour en tant que ‘‘Prince des croyants’’. On rapporte même que le deuxième calife lui dit : Bakhin, bakhin (bravo, bravo !fantastique ! félicitations !) O ‘Ali tu deviens mon mawlâ et un mawlâ pour tout croyant et croyante !’’.

La Wilâyah fut donc instituée par Allah et mise en application par la désignation de Son Messager (SAW).

La désignation de l’Imam ‘Ali (a.s) fut immuable et non variable.

Q : La désignation de l’Imam ‘Ali (a.s) à la succession par Prophète (SAW) avait-elle un caractère variable ou immuable ? Le califat aurait-il pu être dévolu à quelqu’un d’autre ?

R : ‘Ali (a.s) fut désigné par le Prophète (SAW) sur ordre d’Allah ‘‘O Messager ! fais connaître ce qui t’a été révélé par ton Seigneur !’’ Cet ordre est immuable et non variable. L’affaire n’était pas du ressort du Prophète (SAW). Ce n’est pas lui qui choisit ; ce fut un choix divin d’après les arguments qui nous sont parvenus.

Ce fut ainsi parce qu’Allah -gloire à Lui- jugea ‘Ali apte – (à porter cette responsabilité) et ordonna au Messager (SAW) de confirmer ce jugement et ce choix. De par sa nature et son argument, la décision fut donc immuable. Mais, suite aux divergences suscitées par les Musulmans, la question est devenue sujette à controverse. Pour nous, en tout cas, c’est une vérité confirmée.

L’infaillibilité (Al ‘ismah)

Q : Des rumeurs courent dans certains milieux qu’au sujet de l’infaillibilité, vous avez un point de vue différent de l’opinion générale. Voulez-vous nous éclairer là-dessus ?

R : En réalité, je n’ai pas au sujet d’Al ‘ismah (l’infaillibilité) une opinion négative. Je crois même que ma méthode dans l’argumentation relative à cette question, est plus saine et plus précise que celle des autres. Parmi les arguments des Anciens leur assertion que la personne faillible perd (généralement) la confiance des gens, ne vont pas vers elle et ne l’écoutent point, ce qui aboutit à l’annulation du rôle du Prophète ou de l’Imam s’ils n’étaient pas infaillibles. Ainsi donc, l’infaillibilité a pour fonction de contenir la réalité des gens qui suivent exclusivement l’homme de confiance. Si Allah, par exemple, avait envoyé des prophètes faillibles ou que le Prophète avait désigné sur ordre divin, des Imams faillibles, les gens n’auraient pas placé leur confiance en eux et l’effet de la prophétie ou de l’Imamat s’en trouverait par conséquent entamé ou perdu.

Nous croyons que cette argumentation ne résiste pas à la critique parce que la raison souscrit effectivement à la nécessité de l’infaillibilité du Prophète ou de l’Imam lors de leur transmission du Message. Sinon les gens n’auraient pas confiance, sachant que cet élu est sujet à l’oubli, à l’inadvertance, à la tentation d’altérer le message…

Par contre, en dehors de sa mission, si l’on suppose que le prophète ou l’Imam se trompe dans les affaires qui le concernent ou dans la vie courante qu’il mène (erreur survenue dans un acte ordinaire, oubli dans une prière…), la raison ne refuse pas d’envisager cette possibilité dans ce domaine. Certains doctes Shi‘ites Sheikh As-çaduq notamment, son père et son sheikh affirmèrent même que la négation de l’inadvertance dans la conduite de l’Imam constitue le premier signe du ghuluw (extrémisme). Certains de nos savants contemporains, notamment As-sayyid Al Khû’îy –qu’Allah lui attribue Sa miséricorde- affirment qu’il n’est pas impossible que le prophète ou l’Imam subisse une inadvertance en dehors de l’accomplissement de sa mission.

A la lumière de ce qui précède, il semble que la raison ne juge pas nécessaire que le prophète ou l’Imam soit infaillible dans les autres affaires que la transmission du Message. Ceci paraît d’autant plus vrai qu’il ne se fait pas exposer pour une simple erreur, à la méfiance des gens. Dans le vécu actuel, nous remarquons que les gens restent fidèlement attachés à beaucoup de personnes actives dans le domaine politique, religieux ou social qui les intéresse en sachant qu’elles commettent des erreurs en dehors de l’activité qui fait l’objet de leur engagement ou même en dedans pourvu qu’elles ne le fassent pas délibérément et qu’elles s’en détachent rapidement.

Vu cette critique, nous avons dit que cette méthode dans l’argumentation ne peut constituer une base raisonnable (un fondement logique) pour fonder l’affirmation de l’infaillibilité générale c’est-à-dire celle qui accompagne le prophète ou l’Imam pendant et en dehors de la transmission du Message.

Nous avons alors essayé d’étudier la nature de la prophétie (pour pouvoir cerner la question). Sachons que la prophétie ne doit pas être assimilée à la fonction du facteur dont le rôle est de faire parvenir les lettres aux destinataires. Après, sa mission prend fin. Non, la mission du prophète est autre chose. Nous lisons dans le Coran : ‘‘C’est Lui Qui a envoyé aux Gentils un Prophète pris parmi eux, qui leur communique Ses versets, qui les purifie, qui leur enseigne le Livre et la Sagesse. Ils se trouvaient auparavant dans un égarement manifeste…’’ (Coran LXII, 2) et cet autre verset : ‘‘O toi, le Prophète ! Nous t’avons envoyé comme témoin, comme annonciateur de bonnes nouvelles, comme avertisseur appelant à Allah, avec Sa permission et comme un brillant luminaire’’ (Coran XXXIII, 45-46).

A la lumière de ces nobles versets, nous comprenons que le Prophète (SAW) n’était pas seulement annonciateur de bonnes nouvelles et avertisseur mais aussi un témoin et un brillant luminaire qui devait éclairer aux humains le chemin de la vérité et de la justice. Il est évident alors que l’homme destiné de par sa position à changer le monde sur cette base, doive être exempt du faux dans son esprit, son cœur et son mouvement. Il doit être aussi, en tant que brillant luminaire, exempt de toute obscurité dans son esprit, ses sens et sa conduite. La prophétie serait alors une lumière susceptible d’éclairer les esprits, les cœurs et la vie des gens. Ceci est d’autant plus vrai que le Livre révélé au Messager (SAW) est considéré aussi comme une lumière personnifiée par le Prophète. Celui-ci fut donc un Coran parlant et le Livre sacré fut le Coran silencieux.

Ce rôle grandiose assigné à la prophétie destinée à changer le monde sur la base de la vérité et de la justice, implique la nécessité que le Prophète soit entièrement vérité et loin de toute obscurité. Or, comme l’Imamat est un prolongement de la prophétie (O ‘Ali tu as auprès de moi le même statut qu’avait Hârûn auprès de Mûsâ, sauf qu’il n’y aura pas de prophète après moi’’) et que le rôle de l’Imam consiste à veiller sur la shari‘ah et à œuvrer pour que la ligne tracée par la prophétie se prolonge dans la vie des gens, il est nécessaire que l’Imam soit aussi infaillible au même titre que le Messager (SAW).

Pour ce qui est de l’étendue de l’infaillibilité, on peut dire que la personnalité (équilibrée) ne souffre pas de dédoublement. Ainsi l’homme qui n’oublie rien pendant la transmission du message, n’oublie pas non plus dans les autres affaires qui le concernent. De même, celui qui s’engage au côté de la vérité ou de la justice pendant qu’il transmet un message, ne s’en écarte pas quand il s’adonne à d’autres activités.

Reste à soulever un autre point relatif à l’infaillibilité. Celle-ci, sous sa forme extraordinaire, n’est pas le propre de l’homme. Celui-ci, dans l’exercice personnel de ses facultés ne peut s’empêcher de son propre chef, de commettre une erreur ou un écart (ne serait-ce qu’au niveau de l’acte) à moins qu’un jaillissement divin n’enveloppe l’âme d’un prophète ou d’un Imam de telle manière qu’il s’empêche à tous les niveaux de dévier ou d’être dans le faux. Mais là, on envisage la réaction négative de ceux qui opposent (à cette intervention divine) l’inconvénient du prédéterminisme. Cette question n’ayant pas été abordée objectivement et avec un esprit scientifique, nous allons la discuter selon l’approche suivante :

1- A ceux qui prétendent qu’une infaillibilité prédéterminée sape le fondement de la rétribution dans ce sens que l’homme infaillible ne fait pas le bien volontairement, nous répondons que d’après la scolastique l’homme croyant et bienfaiteur est gratifié par Allah et non rétribué parce que tout en lui appartient à Allah ; son action, son esprit et ses organes par lesquels il adore et rend le culte à Son Seigneur, sont une propriété divine. Par conséquent, le croyant qui fait du bien mérite du bien mais par attribution et non par rétribution.

En ce qui concerne l’infaillibilité, qu’est ce qui empêche qu’Allah octroie ce qu’Il veut à Son serviteur indépendamment des efforts fournis ou consents par ce dernier ? Il est le Sage et peut élire qui Il veut pour sauvegarder les intérêts du Message divin. Ce n’est pas quelque chose d’impossible.

2- Si Allah, nous demandent d’autres voix, prédétermine l’infaillibilité d’un homme, quel est alors son mérite en comparaison avec ses semblables ? Il se peut dans ce cas que ceux-ci soient meilleurs que lui puisqu’Allah ne les a pas munis de ce dont Il l’a doté !

Pour répondre à cette objection, nous disons que le mérite vient d’Allah. C’est Lui Qui l’attribue. C’est Lui Qui donne la valeur et choisit parmi les gens comme parmi les anges des messagers qu’Il ne désigne pas sans raison. Quant au secret de cette Sagesse par laquelle Il préfère ceux-ci à ceux-là, le Coran dit : « Il ne lui est pas demandé compte de ce qu’Il fait alors qu’il leur est demandé compte de ce qu’ils font » (Coran XXI, 23).

Il n’est pas nécessaire que la valeur d’un mérite vienne toujours de la personne humaine. Disons que selon la Sagesse divine, ce mérite est une lumière créée en l’homme par Allah à l’instar du soleil qui est de loin, plus lumineux que la lune et d’autres corps célestes. Pourquoi ? Parce qu’Allah l’a voulu ainsi. La valeur en général provient donc du Créateur -gloire à Lui. Les exemples ne manquent pas : prenons la valeur du Beau : la beauté est donnée. L’homme beau n’a pas créé sa beauté. De même, en créant l’homme ‘‘dans la forme la plus parfaite’’ (Coran XCV, 4), Allah le préfère à l’animal. Cette préférence ne fut certainement pas choisie ou voulue par l’homme. Par conséquent, nous croyons que le mérite qui distingue une personne d’une manière ou d’une autre ne peut être au départ que du ressort divin.

3- Une autre objection consiste à dire que si l’infaillibilité était créée en l’homme désigné par Allah, il ne serait plus possible aux gens de le prendre comme modèle en raison du statut inaccessible qui est le sien. Cette allégation ne résiste pas non plus à la critique car il suffit que le modèle réunisse deux conditions : la qualité de l’acte (érigé en bon exemple) et son abordabilité. Il n’est pas nécessaire que le niveau de la personne qui cherche à suivre le modèle, soit identique à celui de la personne qui le représente. En effet, les gens aspirent à suivre l’exemple des savants, bien que ceux-ci aient atteint un degré très élevé de science et de vertu. En revanche, si le Prophète produit un miracle parce qu’il fut doté de certaines forces dont nous sommes privés, il nous est impossible de faire comme lui pour la simple raison qui nous en sommes incapables.

Reste à soulever un autre point relatif à ce sujet : l’élu infaillible choisit volontairement d’obéir à Allah et quand des conditions extérieures sont telles qu’il risque de commettre un péché, Allah l’en empêche en érigeant devant lui des barrières spécifiques qui l’en éloignent. L’infaillibilité ne signifie donc pas la négation du libre arbitre. Mais si la faiblesse humaine est en passe d’avoir le dessus, Allah -gloire à Lui- intervient. C’est ce qu’inspire le Coran qui dit à propos de Yûsuf (joseph) (a.s) : ‘‘Elle pensait certainement à lui et il aurait pensé à elle s’il n’avait pas vu la claire manifestation (Burhân) de son Seigneur’’ (Coran XII, 24) et cet autre verset : Joseph dit : ‘‘Mon Seigneur ! La prison me semble préférable au péché qu’elles m’incitent à commettre. Mais si tu ne détournes pas de moi leurs ruses, j’y céderai et je serai au nombre des ignorants’’ (Coran XII, 33). La protection divine peut venir de l’extérieur ou de l’intérieur. En tout cas, cette infaillibilité n’est pas incompatible avec le libre choix de la personne qui en bénéficie. Elle ne concerne d’ailleurs que le côté négatif de l’acte : la tentation de pécher. Celle-ci, consécutive à la faiblesse humaine, se trouve contrecarrée par un moyen préventif intérieur ou par le surgissement de quelque chose qui entrave la réalisation de la faute. C’est cette opinion qui concorde avec la croyance shi‘ite selon laquelle, le prophète naît infaillible et continue de l’être avant le début de son apostolat et après. L’Imam l’est aussi avant sa désignation à l’Imamat et après …

En définitive, nous ne considérons pas cette question de la nature de l’infaillibilité comme essentielle dans la croyance imamite. Que l’infaillibilité soit acquise volontairement ou donnée providentiellement, dans notre foi, le Prophète et l’Imam sont infaillibles aussi bien dans l’exercice relatif au Message que dans celui qui engage la pensée dans la vie réelle.

L’infaillibilité d’Az-Zahra’ (a.s)

Q : Que pensez-vous de l’infaillibilité d’Az-Zahra’ (a.s) sachant qu’elle n’était ni prophétesse ni imam ?

R : Nous croyons en son infaillibilité pour trois raisons :

1- Si nous étudions sa biographie, de sa naissance jusqu’à sa mort, sa conduite avec son père, son époux, ses enfants et avec les gens, nous constaterons que sur tous les plans (la pensée, la parole et l’action) elle n’a pas commis de faute. Sa vie incarnait l’infaillibilité.

2- Az-Zahra’ (a.s) fait partie d’Ahlul-Bayt (a.s) dont parle le Coran dans ces termes : ‘‘O vous, Ahlul-Bayt ! Allah veut seulement éloigner de vous la souillure et vous purifier totalement’’ (Coran XXXIII, 33).

Les gens de la maison (Ahlul-Bayt) sont le Prophète (SAW), ‘Ali, Fâtimah, Al-Hassan et Al Hussayn (a.s). C’est ce verset qui fonde et prouve leur infaillibilité.

3- Fâtimah (a.s) est d’après le hadîth très connu ‘‘la plus noble des femmes de l’univers’’ Or, une personne ne pouvait se hisser à ce rang si élevé que si elle vivait la vérité tout entière dans son esprit, dans son cœur et dans tous ses mouvements.

L’infaillibilité des prophètes (a.s).

Q : Est-ce que tous les prophètes étaient infaillibles ? ou bien cela concerne le Prophète (SAW) seulement ?

R : Tous sont infaillibles parce que leur rôle est de sortir les gens des ténèbres vers la lumière. Par conséquent, pour répandre la lumière parmi les gens, il est impossible qu’Allah envoie un prophète qui recèle de l’obscurité dans son esprit, son cœur ou sa vie. En ce qui nous concerne, nous devons suivre le Messager d’Allah (SAW) qui a cumulé tous les messages divins. Etant donné qu’il est le sceau des prophètes, c’est son infaillibilité qui doit nous intéresser parce que nous croyons en la religion qui lui fut révélée.

De l’infaillibilité d’Abraham (a.s) ?

Q : Si nous disons que le père d’Abraham (a.s) n’était pas monothéiste, cela porte-t-il atteinte à l’infaillibilité de ce grand Messager ?

R : Cela n’a rien à voir. L’essentiel en ce sujet est la réalisation par le prophète du sens de la vérité dans son esprit, son cœur, ses propos, sa vie et sa conduite. Que son père soit monothéiste ou non cela n’a pas de rapport avec l’infaillibilité du prophète et ne nuit aucunement à son rang. On peut même dire que cela augmente l’estime dont jouit le prophète qui se révolta contre l’incrédulité de son père et opta pour la liberté de la pensée et de l’esprit. Etant donné qu’Allah -gloire à Lui- peut faire sortir l’excellent du mauvais, l’abjection du père n’a pas l’effet négatif sur la personnalité du fils.

Néanmoins, les savants disent que les pères des prophètes –mais pas les mères- devaient être monothéistes. Mais prenons comme exemple la mère de l’Imam As-çâdiq (a.s) : Farwah fille d’Al Qâsim fils de Muhamed fils d’Abû Bakr. L’Imam As-çâdiq ayant dit : ‘‘Abû Bakr m’a engendré deux fois’’, peut-on dire que les pères d’Abî Bakr étaient monothéistes ?

En fait, la foi dans la lignée parentale n’a rien à voir avec la valeur personnelle du prophète mais elle a trait à la pureté de la naissance et de la lignée comme l’affirment des hadîths selon lesquels les pères des prophètes étaient tous issus d’un mariage légitime. Cela reste bien sûr un sujet de polémique et ne fait pas partie des croyances fondamentales qui constituent ensemble l’épine dorsale de la foi (islamique).

L’intercession et la résurrection

L’intercession est-elle quelque chose de formel ?

 

Q : On raconte que vous dites que l’intercession est quelque chose de formel ? Est-ce vrai ?

R : Non, ce n’est pas vrai. Je dis qu’Allah exalté soit-Il fait intercéder Ses anges, Ses prophètes et Ses élus, dont le rang spirituel fut très élevé en faveur des pécheurs en vue de l’absolution de leurs péchés. Toutefois, cette intercession ne s’accomplit que si toutes les conditions requises sont remplies. Ceux qui intercéderont n’agiront pas arbitrairement on selon leur tempérament. Ce ne sera pas non plus comme ici-bas où les gens s’achètent les faveurs des hommes influents pour réaliser leurs desseins. Le Coran donne des précisions relatives à l’intercession : ‘‘Nulle intercession ne sera utile devant Allah, à part l’intercession pour la personne en faveur de laquelle, Il l’aura permise’’ (Coran XXXIV, 23).

Il dit aussi : ‘‘Ce jour-là, l’intercession ne profitera qu’à celui en faveur de qui le Miséricordieux l’aura permise, en faveur de qui, Il agréera une parole’’ (Coran XX, 109).

L’intercession ne se fera donc pas en faveur de l’athée mais profitera au musulman pour lequel le pardon aura été destiné. J’ai déjà spécifié dans mon exégèse (Min wahyil-Cora’ân) que les Elus d’Allah ne vivent pas dans et pour leur égo. Toute leur affection est commandée par l’élément spirituel de telle manière qu’ils ne se meuvent que dans la sphère de l’agrément d’Allah. Ils savent situer les domaines dans lesquels agit la miséricorde d’Allah ou Sa bénédiction. Ils savent que l’intercession est une grâce divine octroyée en faveur de certains Serviteurs qu’Allah veut bien gratifier. Ils savent aussi que les impies, les athées et les rebelles qui ont agi à l’encontre d’Allah et de Son Messager, n’ont pas droit à leur intercession, parce qu’ils y sont étrangers et les Elus d’Allah ne ressentent rien envers eux et ne se sentent pas responsables à leur égard : ‘‘Ils n’intercèdent qu’en faveur de ceux qu’Allah agrée et ils sont pénétrés de crainte’’ (Coran XXI, 28).

Je crois que cela ne diffère guère de la croyance shi‘ite consacrée. 

L’intercession mal comprise.

Q : Le principe de l’intercession ‘‘est une vérité’’ islamique confirmé par des arguments décisifs. Mais pourquoi donc les Musulmans l’ont-il mal compris ? Et quel est son rôle dans l’éducation islamique ?

R : L’intercession fut effectivement mal comprise. Elle est liée au pardon octroyé par Allah. C’est que Son pardon peut être accordé directement ou par Ses Elus à qui Il permet d’intervenir. L’intercession n’est pas quelque chose de fortuit ou de fatal. Elle suit sa propre logique, son propre programme. Il se peut donc que ceux qui imaginent d’en bénéficier, s’en trouvent privés parce qu’ici-bas, ils n’agissent pas selon la ligne préconisée par les Elus d’Allah. En effet, qui t’a dit que le Prophète (SAW) ou les Imams (a.s) intercéderaient en ta faveur, uniquement à cause de la sympathie que tu ressens à leur égard ? En d’autres termes, le bénéfice de l’intercession n’est pas acquis d’avance quels que soient les actes qu’on aura commis. Certes, Allah -gloire à Lui- dit : ‘‘Ma miséricorde s’étend à toute chose…’’ (Coran VII, 156), mais Il dit aussi : ‘‘Il pardonne à qui Il veut ; Il punit qui Il veut’’ (Coran V, 18).

Sans s’être repenti et sans avoir demandé pardon à Allah, l’individu insensé dit ceci : ‘‘Il faut qu’Allah me pardonne ou je suis sûr qu’Allah me pardonne’’. Le croyant, lui, se place toujours entre la crainte et l’espoir. Son principe est bien ceci : ‘‘aie à l’égard d’Allah une crainte telle que même si tu te présentais devant Lui avec à ton actif les œuvres pies des humains et des djinn, Il te châtierait et aie en Lui une espérance telle que même si tu te présentais avec les péchés des humains et des djinn, Il te pardonnerait’’.

Quant au rôle du principe de l’intercession dans l’éducation islamique, il procure, quand il est bien inculqué, cette confiance bénéfique en ces personnes à qui Allah permettra d’intercéder, en raison de leur sagesse dans l’appel à Sa religion. Il y a aussi cet optimisme et cette espérance que procure l’existence de cette possibilité salutaire auprès de ces Elus qui, si Allah leur permet d’intercéder, ouvriront devant le croyant la porte du pardon.

Intercession et Justice.

Q : J’aimerais bien qu’on clarifie la signification de l’intercession dans la religion islamique et son rapport avec la Justice divine.

R : L’intercession veut dire qu’Allah exalté soit-Il fera intervenir des gens qu’Il aura comblés de Sa grâce en faveur d’autres personnes à qui les portes de Sa miséricorde seront ouvertes. Les uns intercéderont en faveur des autres suivant un programme spirituel bien établi par Allah conformément à Son agrément. Le but est de faire apparaître au grand jour Sa volonté de pardonner et l’étendue de Sa grâce dont bénéficient Ses Elus. Il faut savoir que la justice n’implique pas toujours que le coupable devra être châtié pour son péché. Elle signifie bien que si Allah le punit, ce sera juste de Sa part mais s’Il veut lui pardonner, cela Lui appartient « souverainement ». Ainsi le Pardon divin et la Justice divine vont ensemble et illustrent la Sagesse d’Allah et Sa miséricorde : ‘‘Je me suis alors assuré que Tu es le plus miséricordieux des Miséricordieux là où il convient de châtier et de tourmenter’’ (l’invocation préliminaire de la prière).

La résurrection dans la croyance Shi‘ite

Q : Vous les Shi‘ites comment voyez-vous la résurrection, est-elle retour des âmes dans leurs corps respectifs ou bien une simple résurrection spirituelle ?

R : Ce n’est pas une question Shi‘ite ou sunnite, c’est une vérité coranique. Quand le Coran parle de la Résurrection, il signifie bien le retour physique à la vie : « Oublieux de sa propre création, il Nous lance ce proverbe : ‘‘Qui donc fera revivre les ossements alors qu’ils sont poussière ?’’ Dis : ‘‘Celui Qui les a créés une première fois les fera revivre. Il connaît parfaitement toute création » (Coran XXXVI, 78-79). Il s’agit bien du corps humain qui ressuscite et non l’esprit qui est resté vivant après la mort de l’homme. En outre, le Coran parle des délices du Paradis, comme étant des plaisirs perçus par les sens de l’homme et des souffrances de l’Enfer comme étant un châtiment physique et ‘‘matériel’’ : « Chaque fois que leur peau sera consumée, Nous leur en donnerons une autre, afin qu’ils goûtent le châtiment. Allah est Celui Qui entend et Qui voit parfaitement » (Coran IV, 56).

La peau est sans doute quelque chose de physique, qui relève de la matière (et non de l’esprit). De même des boissons et la nourriture dans le Paradis sont destinées à la satisfaction du corps ‘‘matériel’’. C’est pour cela que nous disons que le Coran présente le meilleur argument qu’il s’agira bien d’une résurrection physique et non spirituelle.

L’Enfer est-il vrai ?

Q : Certains penseurs musulmans contemporains avancent que l’Enfer dont Allah fait peur à Ses serviteurs, n’est pas un enfer véritable mais un ensemble de moyens purificatoires destinés à leur donner l’aptitude à entrer au Paradis. Il n’y aura donc pas d’Enfer éternel, ce qui constitue un autre aspect de la Miséricorde divine. Qu’est-ce que vous en pensez ?

R : Chacun peut penser ce qu’il veut mais quelle argumentation donne-t-il pour confirmer cette idée ? Allah -gloire à Lui- nous parle d’un Enfer réel, physique ‘‘matériel’’ ; « …puis châtiez-le en versant sur sa tête de l’eau bouillante » (Coran XLIV, 48). Il parle d’un Feu grillant « Nous avons préparé une flamme brûlante pour ceux qui traitent l’Heure de mensonge. Lorsque cette flamme les verra de loin ils en entendront la fureur et le pétillement » (Coran XXV, 11-12).

« …le feu jette des étincelles ‘‘grosses’’ comme des bûches, des étincelles qui sembleraient des masses jaunes » (Coran LXXVII, 32-33) ?

« Chaque fois que leur peau sera consumée, Nous leur en donnerons une autre, afin qu’ils goûtent le châtiment… » (Coran IV, 56).

Ces versets coraniques indiquent qu’il s’agit d’un Enfer matériellement perçu. Il n’y a aucune preuve qu’il s’agisse du sens figuré du terme car, comme on sait, tout mot doit être porté à son sens propre à moins qu’il y ait un argument probant en faveur du sens figuré. D’autres avancent une idée similaire : ‘‘Sans être réels, le paradis et l’enfer symbolisent respectivement cette béatitude ressentie par l’homme heureux ou cette souffrance humiliante (dans le cas où il serait condamné). C’est une idée ! Mais quel argument avance-t-on là-dessus ? En effet, chaque fois qu’on veut imputer une idée (ou une théorie) à l’Islam, il faudra la prouver. De même, quand on veut interpréter un verset coranique, l’interprétation devra être argumentée. Ceci est d’autant plus vital que certains penseurs ont tendance à faire l’inverse c'est-à-dire soumettre les versets coraniques à leur ‘‘interprétation’’. Or, cette opération ne doit en aucun cas, dépendre du tempérament du chercheur. Elle doit, en revanche, se conformer aux règles de la syntaxe et de la rhétorique arabes. Sinon, tout un chacun interprétera tout propos à sa guise.

Le monde intermédiaire (isthmique) (Al Barzakh).

Q : En quoi consiste Al Barzakh ?

R : Comme le dit l’auteur d’Al mizân (exégèse du Coran), à propos de ce verset : « …et derrière eux est une barrière (barzakh) jusqu’au Jour où ils seront ressuscités » (Coran XXIII, 100). Al Barzakh signifie ‘‘le monde de la ‘‘tombe’’ ou ‘‘monde analogique’’ où séjourne l’homme après sa mort dans l’attente de la Résurrection. Dans l’œuvre exégétique d’Al Qummî, ‘‘Al Barzakh est une chose entre deux autres ; c’est aussi la rétribution et la punition reçue ou subie entre la vie d’ici-bas et celle de l’au-delà. On retrouve ce terme dans les nobles hadiths d’Ahlul-Bayt (a.s) : As-çâdiq (a.s) dit par exemple, ‘‘Par Allah ! Ce n’est pas Al Barzakh que je crains pour vous’’ et ‘Ali b. Al Hussayn (a.s) dit aussi ‘‘la tombe pourra être soit un jardin paradisiaque, soit un abîme infernal’’ (Al Kâfî).

Que veut dire As-çirâtt (le chemin, le pont)

Q : Que veut dire le hadith du Prophète (SAW) selon lequel ‘‘As-çirâtt’’ est plus tranchant que l’épée et plus fin qu’un cheveu’’

R : Si ce hadîth s’avère authentique, ce n’est certainement pas l’aspect matériel de la chose qu’il convient de retenir. Dans ce monde, l’homme essaie de marcher dans la voie droite au milieu des embûches (virages et déviations) où il est très difficile de maintenir son cap. Si l’homme n’était pas suffisamment armé de connaissances pertinentes, il ne pourrait distinguer la différence souvent très subtile entre le chemin déviationniste et le chemin droit et par conséquent tomber dans l’abîme.

D’autres donnent un sens littéral au hadîth c'est-à-dire que le çirâtt (le pont) au-dessus de l’Enfer sera effectivement comme un fil très long, plus tranchant que l’épée et plus fin que le cheveu. Tout croyant sincère le traversera sans écueil mais celui qui ne l’est pas trébuchera et tombera dans la Géhenne. Et Allah seul sait.

La mort, clémence ou calvaire ?

Q : Est-ce que la mort est une clémence divine ou un calvaire ? Si c’est une clémence pourquoi dit-on de quelqu’un qui guérit de sa maladie qu’Allah l’a délivré, l’a gracié et lui a ‘‘écrit’’ une nouvelle vie ?

R : La mort est une loi divine inscrite dans l’Univers. Ce qu’Allah fait en l’homme relève de Sa Clémence car celle-ci prend plusieurs formes. On sait que la mort pour certaines personnes est plus clémente que leur vie et que si cette dernière s’allongeait, elles désobéiraient encore plus à Allah. En tout cas, Allah seul sait ou réside Sa Clémence. C’est pour cela que nous disons dans l’invocation : « … et donne-moi une longue vie pour autant que celle-ci s’emploie à Ton obéissance mais si ma vie devait servir de pâture à Satan, prends-moi alors avant que Ton exécration me touche ou que Ton courroux m’enveloppe ».

Quant à ce que disent les gens au malade guéri, cela provient de ce qu’ils imaginent ou conçoivent comme vrai. Nous, nous disons que la vie et la mort relèvent de la Clémence d’Allah et celle-ci pour se manifester peut prendre des formes très diverses.

At-Taqiyyah (la dissimulation)

Taqiyyah et Abnégation.

Q : Y a-t-il opposition entre l’obligation de se sacrifier pour sauvegarder sa religion et le principe de la taqiyyah (la dissimulation) que confirme le verset coranique « à moins que ces gens-là ne constituent un danger pour vous » (Coran III, 28) dans ce sens que la taqiyyah permet à l’homme de protéger sa vie personnelle aux dépens de sa vie religieuse ?

R : Il n’y a pas de contradiction entre les deux principes car le hadith rapporté à partir de l’Imam As-çâdiq (a.s) relativement à la taqiyyah comporte cette précision ‘‘sans porter atteinte à la religion’’. Si la dissimulation ne conduit pas à l’annihilation de la religion ni à son altération, il est permis d’y avoir recours. Autrement dit, la taqiyyah est légitime quand elle a trait aux détails de la vie religieuse. Si, par contre, cette dernière était en danger de spoliation, la taqiyyah ne serait pas de mise. L’Imam (a.s) dit à ce propos : ‘‘Quand un événement grave survient, que vos personnes soient exposées devant (pour protéger) votre religion’’. Al-Majlisî : Al bihâr, T : 68 ch.23, p.212, h : 2

La taqiyyah et l’ésotérisme.

Q : D’aucuns disent que le principe de la dissimulation est ésotérique (bâtinî). Qu’en est-il pour vous ?

R : La dissimulation est une méthode pratique utilisée pour la protection d’une ligne de conduite ou d’une personne. Mais permettez que je vous demande si, à notre époque et dans le domaine politique précisément… y a-t-il quelqu’un qui n’a pas eu recours à la taqiyyah ? La plupart des gens s’en servent parce que personne ne peut toujours et dans tous les cas déclarer ouvertement ce qu’il croit. La taqiyyah est une ligne de conduite humaine et non seulement musulmane. Allah –gloire à Lui- le dit : ‘‘…à moins que ces gens-là ne constituent un danger pour vous. Allah vous met en garde contre Lui-même…’’ (Coran III, 28). La taqiyyah constitue le recours du croyant en cas de nécessité ou de force majeure, quand la cause que tu défends n’est pas plus importante que ta personne. Sinon, tu devras te sacrifier pour ta cause.

Il est vrai que le principe de la taqiyyah est réputé pour être un levier spécifiquement shi‘ite mais il suffit de regarder la réalité pour voir que dans notre monde le recours à la taqiyyah est répandu dans les domaines politique, social et rituel. N’y a-t-il plus parmi nous de personnes qui ne peuvent pas parler librement et ouvertement de peur d’être persécutées ?

Partout dans le monde, la dissimulation politique perdure, surtout au tiers-monde où à côté des domaines social, politique, sécuritaire, économique et rituel, il y a une taqiyyah religieuse. L’homme y a recours quand il vit parmi des gens qui n’ont pas la même confession que lui et qui, dans un esprit de fanatisme et d’intolérance, ne permettent pas aux autres religions de vivre librement leur culte. Ainsi, tant qu’il y a pression, persécution et injustice, il y aura des recours à la dissimulation.

La taqiyyah aujourd’hui.

Q : Peut-on dire qu’aujourd’hui on n’a plus besoin de taqiyyah après que la majorité des gens se sont renseignés au sujet des shi‘ites, de leur pensée et de leur conduite ?

R : La taqiyyah a trait à la réalité objective et extérieure dans laquelle vit la personne concernée. Si un danger sérieux guette sa personne, ses intérêts légitimes ou même son entourage, le recours à la taqiyyah s’impose.

La taqiyyah varie selon les sociétés.

Q : Dans l’approche coranique, la taqiyyah dans une société impie est différente de celle pratiquée dans une société musulmane, relativement aux contraintes des conditions ambiantes. Qu’est ce qui détermine alors les jugements religieux (shar‘î) ?

R : La taqiyyah ne diffère pas d’une société à une autre. Elle varie selon les motivations qui la provoquent, selon qu’elle vise la protection d’une vie humaine en danger de mort ou des intérêts de la cause islamique ou même de la société tout entière menacée par des puissances injustes qu’elles soient musulmanes ou non musulmanes. L’homme menacé dans sa personne, sa fortune ou son honneur… qu’il appartienne à une société musulmane ou non, ou même s’il vit dans une communauté shi‘ite, a le droit de dissimuler ses croyances (voir le verset précité : 28/III). Seulement, l’homme devra étudier les moyens appropriés de la taqiyyah pour affronter les pressions politiques, sociales, psychologiques et sécuritaires en connaissance de cause. Il se contentera alors et avec sagesse, de ce qui sera suffisant pour protéger la personne humaine ou la cause islamique. Nous savons que certains individus succombent à une pression et y réagissent en dépassant les limites nécessaires, ce qui pourrait sûrement nuire inutilement à la ligne générale.

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