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Parcours d'une vie de don de soi (3): Le retour au Liban et l'entrée dans la vie politique et intellectuelle

La première visite de Sayyed Mohammad Hussein Fadlallah au Liban eut lieu en 1952, à l’âge de 16 ans lors de la mort de Son Eminence Sayyed Mohsen Al-Amin (ra). Sayyed Fadlallah a participé à la commémoration du quarantième qui s’est tenue à Beyrouth. Il avait composé un poème pour son oraison funèbre sous le titre « Des larmes pour le charitable honnête (Al-Mohsen Al-Amin) » à travers lequel, selon la presse libanaise de l'époque, il a pu atteindre les cœurs des masses et a su montrer son génie poétique. En voici quelques versets :

Sous les ailes du sort fatal

Une âme accompagne l’immortalité

Une âme comme la brise

Plus douce que la mélodie du poème

Plus suave que l’âme des désirs

Une douceur qui a empreint l’existence

Parcourant la lumière de la vie

Avec l’ancien, avec le nouveau

Cette visite, qui a duré quelques mois, a englobé plusieurs rencontres avec des gens de lettres, des poètes et des hommes politiques. Plusieurs discussions concernant le rôle de l’islam dans la société moderne ont eu lieu avec des personnalités arabes laïques : des socialistes, des communistes, des nationalistes et des baathistes.

Ce qui distinguait Son Eminence étaient son enthousiasme et sa capacité extraordinaire dans l’art de l’argument et de la persuasion. La richesse de ses connaissances et son ouverture à l’autre le poussaient à accepter l’autre quelles que soient son idéologie ou ses tendances. Cette ouverture à l’autre lui a offert une contiguïté des idées surtout avec la pensée marxiste et la dialectique matérialiste. A cela s'ajoute sa lecture des œuvres de Jean-Jacques Rousseau, Frantz Fanon et de Paulo Freire.

Ce qui distinguait Son Eminence étaient son enthousiasme et sa capacité extraordinaire dans l’art de l’argument et de la persuasion. La richesse de ses connaissances et son ouverture sur l’autre le poussaient à accepter l’autre quelles que soient son idéologie ou ses tendances.

C’est ainsi que ses visites au Liban se succédèrent jusqu'au 15 juillet 1955, lorsqu'il est venu avec son père Son Eminence Sayyed Abdel-Raouf Fadlallah (ra), il est resté 18 mois au Liban, se déplaçant d’un lieu à l’autre et participant à de nombreux débats intellectuels et dialogues politiques.

Ces visites successives ont été pour lui une opportunité pour étudier pleinement les complexités de la société libanaise et pour formuler une vision politique des circonstances et de leurs développements dans une période où le Liban était sujet à la compétition entre la Grande-Bretagne et la France d’une part et la Grande-Bretagne et les Etats-Unis d’une autre part. En fait, cette dernière cherchait à avoir une présence dans le pays.

Il est à noter que la révolution égyptienne de 1952 est devenue son centre d’intérêt ; il a exprimé son soutien aux lignes politiques qu’elle a adoptées avec enthousiasme et il a composé un poème de trois pages ayant pour titre « C’est d’ici que nous commencerons » dans lequel il a loué la décision de la nationalisation du canal de Suez…Au sein de ces développements et changements politiques rapides, Son Eminence a commencé à former une nouvelle ligne dans la trajectoire politique islamique, celle de l’islam dynamique, activiste, capable de faire face aux défis des changements politiques majeurs…

Les années entre 1958 et 1966 ont témoigné de développements intellectuels et politiques majeurs à partir de la création du Parti islamique Dawa jusqu'à ce que le Sayyed (ra) ait quitté l’Irak. Ces années ont constitué d’une part une période de perturbation politique de par les révolutions et coups d’état militaires et d’autre part une période de lutte intellectuelle et idéologique en plus de l’apparition des courants laïques.

La révolution de 1958 en Irak a ensuite eu lieu et avec laquelle Sayyed Mohammad Hussein a interagi tout en étant un jeune homme de 22 ans. Il a illustré le sentiment patriotique ainsi que le sentiment populaire général à travers un poème en prose dithyrambique publié par le quotidien officiel de la République Irakienne. Cette période-là était marquée par la prééminence de l’esprit nationaliste et le développement de la conscience nationale.

Durant cette période, et au début des années soixante, Son Eminence a commencé à être connu comme un jeune écrivain musulman et un vrai participant à la formation du discours religieux islamique. Agé de 25 ans, il a écrit en 1960 un livre distingué de 133 pages intitulé « La méthode de prédication dans le Coran » à travers lequel il a révélé les suspicions latentes dans les interprétations de certains écrivains du Coran et la fausseté des prétentions des partisans de cette pensée concernant le lien entre le jihad et la prétendue tendance naturelle vers la violence d’une part et la prédication et la coercition d’une autre. Il a été l’un des premiers oulémas et penseurs à démontrer le lien entre la religion et l’état et détailler ce principe fondamental des principes de la pensée islamique.

A cette époque est apparue la revue "Al Adwa’ Al Islamiyya" (Les lumières islamiques) considérée l’une des revues chiites les plus importantes du moment ; un projet dans lequel Son Eminence a joué un rôle majeur avec le martyr Sayyed Mohammad Baqer As Sadr.

Les éditoriaux qu’il a écrits durant la troisième et cinquième année de la publication de la revue ont été rassemblés dans un livre séparé sous le titre « Horizons islamiques et autres sujets ». Ces articles traitent de sujets divers tels le confessionnalisme, la situation de l'enseignement islamique et le décalage entre la conscience islamique limitée et les modes d'action des différents groupes islamiques…

Il a quitté l’Irak définitivement au début de l’année 1966 après avoir fini ses études jurisprudentielles et religieuses supérieures et regardé de près les graves événements et développements qui avaient eu lieu sur la scène Irakienne et arabe en général…

Son Eminence est venue au Liban en 1966 à l’âge de 30 ans pour s’installer dans le « quartier de Nabaa » à Bourj Hammoud suite à une invitation d’un homme pieux de cette région. Ce quartier pauvre n’était pas étranger pour lui car il l’avait visité plusieurs fois au début des années cinquante. Il a déclaré dans l’un des entretiens télévisés en 1994 que quand il visitait Nabaa il avait l’habitude de rôder dans les zones les plus pauvres en se mêlant aux jeunes pauvres affiliés à des organisations laïques ou de gauche.

Son Eminence est venu au Liban en 1966 à l’âge de 30 ans pour s’installer dans le « quartier de Nabaa » à Bourj Hammoud, il a mentionné que quand il visitait Nabaa il avait l’habitude de rôder dans les zones les plus pauvres en se mêlant aux jeunes pauvres affiliés à des organisations laïques ou de gauche.

Un groupe d'hommes d'affaires émigrants ont créé l’association « La famille de la fraternisation » au début des années soixante pour développer une conscience religieuse et culturelle chez les jeunes marginalisés dans certains quartiers….Vu les circonstances difficiles desquelles souffrait la société durant cette période, Son Eminence a créé plusieurs institutions religieuses, éducatives et sociales à Nabaa et son entourage dont la plus importante est « L’institut du droit islamique » qu’il a créé en 1966 sur l’exemple des séminaires religieux de Najaf et parmi les diplômés de cet institut Cheikh Ragheb Harb et un grand nombre d'oulémas importants au niveau libanais. Afin d’accélérer le processus de changement, Son Eminence a encouragé un nombre des étudiants musulmans de l’Université Arabe de Beyrouth à créer en 1966 « L’union libanaise des étudiants musulmans » qui a commencé dès septembre 1977 à publier un magazine bimensuel « Al Mountalaq » (Le point de départ) dans lequel Son Eminence écrivait les articles principaux.

Son activité sociale, religieuse et culturelle en plus des projets de création des institutions n’était pas limitée à Nabaa ou Bourj Hammoud, elle s'est élargie à travers la construction de nouvelles mosquées et husseiniya jusqu'aux banlieues Est de la capitale. Ajoutons à cela, l'établissement d’un programme de prédication régulier au Liban sud. Il consacrait un à deux jours par semaine pour visiter ces régions, ainsi il a été capable d’organiser des cérémonies religieuses et sociales locales. Son intérêt n’était pas uniquement la diffusion des valeurs islamiques et des sentiments religieux mais traiter aussi les questions économiques et sociales urgentes en plus des actualités politiques.

Au moment de la formation du « Conseil Islamique Chiite Supérieur », Son Eminence appelait à éviter que la situation confessionnelle du Liban et les tiraillements politiques intérieurs et extérieurs ne déstabilisent l’unité islamique, n’aggravent le gouffre entre sunnites et chiites et ne sanctifient les entités confessionnelles et ce qui en résulte. Il est à noter que ces conseils confessionnels aggravaient les barrières entre les religions au Liban que ce soit au niveau musulman ou chrétien. Ces conseils n’étant pas achevés, Son Eminence a proposé alors la formation d’un seul conseil englobant les sunnites et les chiites pour créer une certaine unité islamique générale et construire un caractère islamique conscient.

Les pays occidentaux voulaient que Liban soit la scène sur laquelle se perdent la résistance palestinienne, la réalité politique palestinienne et le mouvement national libanais dans des labyrinthes et commettent des erreurs conduisant à la chute commune…

D’autre part, Sayyed Mohammad Hussein a vécu pleinement la guerre civile et selon lui cette guerre était le résultat des forces internationales et arabes qui ont déployé tous leurs services d'intelligence afin que le Liban soit la scène sur laquelle se perdent la résistance palestinienne, la réalité politique palestinienne et le mouvement national libanais dans des labyrinthes et commettent des erreurs conduisant à la chute commune.

Vu l’aggravation des conditions sécuritaires et en plus de l’impossibilité de rester dans le quartier de Nabaa, après qu’il eut aussi quitté Bint-Jbeil, Son Eminence s'est installée en 1976 à Ghobeiri dans la banlieue Sud de Beyrouth où il a repris de nouveau ses activités surtout de la mosquée de l’Imam Ar Reda (p) qui était le centre de l'éclosion d’un renouveau islamique. L’invasion israélienne a ensuite eu lieu en 1982, Son Eminence était en Iran pour assister aux cérémonies de la victoire de la révolution iranienne. Ainsi, il a tenu des réunions avec des oulémas sunnites et chiites et publié une déclaration dans laquelle il a condamné l’invasion. Il rentra rapidement au Liban.

Cependant, il fut surpris de trouver les entrées de la capitale barricadées, puis Son Eminence fut enlevée par des miliciens sur un barrage des Phalanges Libanaises (Al Kataeb Al Lubnanniya) mais il a été libéré grâce à une pression populaire et officielle. Il a affronté l’invasion israélienne à travers la résistance islamique et nationale qui a commencé aux bords de la banlieue Sud de la capitale, refusant fermement l’accord du 17 mai et exprimant ses positions clairement dans les sermons des vendredis et les déclarations politiques.

Vu l’importance de sa position et son influence sur la scène, Son Eminence a été l'objet de plusieurs tentatives d’assassinat dont la plus célèbre fut celle de Bir el Abed en 1984, perpétrée par les services secrets américains à travers leurs agents locaux. Cette opération avait été planifiée au niveau médiatique et sécuritaire avec précision, la vie du Sayyed (ra) a toujours été en danger ….

Son Eminence a été l'objet de plusieurs tentatives d’assassinat dont la plus célèbre fut celle de Bir el Abed en 1984 perpétrée par les services secrets américains a travers leurs agents locaux.

Le Sayyed a prévu l’engagement du mouvement islamique dans la vie parlementaire démocratique. Il était certain que les moyens efficaces capables de transformer la société politiquement ne se limitent pas à la révolution mais s’effectuent par une transformation réaliste à travers les entités existantes sur la scène politique ; ainsi la vitalité de la doctrine islamique sera renouvelée et se propagera, cela contribuera également à favoriser la cause de l’Islam et à garantir son intégrité grâce a la volonté de la majorité croyante.

Sayyed Mohammad Hussein a insisté sur le fait qu’une telle solution basée sur l’action à travers les moyens démocratiques ne constitue pas une reconnaissance des islamistes du gouvernement démocratique au niveau intellectuel, car cela contredit les principes de la pensée islamique, mais un processus de consensus et de coexistence en plus de la liberté de laquelle jouit le mouvement islamique et les autres mouvements non islamiques..

En dernier lieu, Son Eminence pensait que la force n’est autre qu'un équilibre entre les éléments dont la nation a besoin pour exister et réussir dans une telle affaire, c’est pour cela qu'il dit : "Si nous voulons aboutir à une position de force en préservant les valeurs auxquelles nous croyons, il nous faut poursuivre la construction de nos points forts ; c’est pourquoi lorsque nous demandons cette force dans un état islamique, cet état doit rassembler toutes les valeurs islamiques en plus de la force matérielle qui protègerait l'existence de cet état".

Son Eminence était connue pour la profondeur et l'exactitude de son analyse et son interprétation des événements libanais, arabes et mondiaux. Il adoptait la méthodologie de l’ouverture à l’autre et la cordialité entre les différentes confessions et doctrines que ce soit dans la parole et la pratique.

Son Eminence était connue pour la profondeur et l'exactitude de son analyse et son interprétation des événements libanais, arabes et mondiaux. Il adoptait la méthodologie de l’ouverture à l’autre et la cordialité entre les différentes confessions et doctrines que ce soit dans la parole et la pratique. Il a œuvré pour libérer l’appartenance politique confessionnelle de ses liens étroits tout en adoptant les valeurs de la justice, de l'amour et de l’entente dans un pays pour tous et dont le seul souci serait d’assurer le bonheur et la prospérité de tout homme, illustration de la grâce divine, si et sauf si il adopte le bon chemin.

Il a veillé toujours à souligner l’universalité de l’Islam : la politique n’en est pas exclue mais en même temps Son Eminence refuse que l’Islam soit un outil utilisé sur la scène politique sordide. 

Nous ne pouvons que rendre hommage à cette figure géante bienfaisante et généreuse qui n’est jamais entrée dans les labyrinthes de la politique pour atteindre des objectifs et buts profanes. Pour lui, la politique n’est autre qu’un moyen et un art à travers lesquels il a toujours veillé à servir l’homme et ses intérêts partout dans le monde et à développer sa vie, ses horizons, sa conscience et son élévation dans la hiérarchie de l’existence humain.

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