Archieve > Interviews > Interview avec son Eminence au sujet de la femme (30/02/1430 H., 25/02/2009 Ap. J. C)
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Le texte de l'interview faite par l'écrivain et journaliste française (Miryelle Rosynié) avec Son Eminence, l'Autorité religieuse, sayyed Muhammad Hussein Fadlallah,  le 30/02/1430 H., 25/2/2009 Ap. J.C.

Fadlallah: La femme a le droit de devenir ministre, même d'accéder à la présidence de la nation.

L'écrivain française a interrogé Son Eminence, l'Autorité religieuse, sayyed Muhammad Hussein Fadlallah, au sujet de la vision de la femme par la société libanaise, le droit de la femme à la défense en cas d'agression, la question de l'héritage et la faculté de la femme de présider la nation… Miryelle Rosynié prépare ce dialogue pour son livre "La femme à Beyrouth".

L'Introduction de Son Eminence, sayyed Fadlallah:

 

Bienvenue. Pour commencer, je voudrais dire que dès le début de notre travail islamique, nous n'avons pas cessé de stimuler la femme afin qu'elle entreprenne le développement de son cerveau, son cœur et ses facultés. Or, nous voyons que l'avis général établi considère la femme comme être émotionnel en opposition à l'homme, l'être raisonnable; Ce que nous refusons, car l'être humaine, mâle ou femelle, représente le mariage de la raison et de l'affectivité. Et là, nous répétons toujours notre équation: Il est nécessaire de donner à la raison une part d'affectivité pour l'adoucir et l'atténuer, et de donner à l'affectivité une part de raison pour l'équilibrer.

La femme, comme l'homme, est un être complet à part entière d'humanité.

Nous insistons toujours que la femme, comme l'homme, est un être complet, que rien ne manque à son statut humain. Et en fortifiant son cerveau, la femme pourrait dépasser l'homme qui, lui – même en serait bien en avant, s'il fortifiait le sien. Partant de là, nous accueillons allègrement vos questions et vous êtes libre d'interroger sur n'importe quel sujet car nous sommes convaincus que la liberté conduit à la vérité.

La vision de la femme par la société.

 

Q- Une catégorie dans la société libanaise considère que le rôle de la femme se restreint à rester au foyer, à élever et éduquer les enfants, sans qu'elle ait un rôle ailleurs; Etes -vous du même avis?

  

R: Nous considérons la femme un être à part humanitaire entière, qui se complète avec l'homme physiquement, pour produire d'autres êtres humains; comme elle se complète avec l'homme pour développer les capacités susceptibles de rehausser le statut de l'homme dans la vie. Et nous croyons que la maternité est une mission ayant le primordial rôle dans la fabrication  de l'être humain, dans son développement et son évolution afin qu'il soit un important individu productif. Tout à fait comme la paternité est une mission ainsi qu'une responsabilité. Néanmoins, comme la paternité ne bloque pas le père dans la sphère de sa relation avec les enfants, de même la maternité ne restreint pas la femme dans la sphère de sa relation avec les enfants, quoique sa responsabilité soit plus grande vu l'exigence d'allaitement, de garderie et d'autres. 

Comme la paternité ne bloque pas le père dans la sphère de sa relation avec les enfants, de même la maternité ne restreint pas la femme dans la sphère de sa relation avec les enfants.

 

C'est pourquoi, nous voyons que la femme a le droit à l'éducation et à avoir de diplômes supérieurs, même il se peut que sa maternité lui impose l'acquisition d'une grande culture pour éduquer méthodologiquement ses enfants; comme elle peut aussi participer au développement scientifique par ses études et ses recherches et d'après le fait d'assumer sa responsabilité d'enseignement, non seulement au niveau académique, mais aussi au niveau de la société entière.

D'ailleurs, notre héritage culture islamique raconte que Fatima, la Fille du Messager de Dieu, le Prophète Muhammad (PSL) étudiait chez son père (PSL). Alors elle pensait à développer ses acquisitions culturelles, comme Elle avait à Médine, une vaste sphère où Elle enseignait aux gens ce qu'elle avait appris du Messager de Dieu (PSL). Fatima, donc partait du principe que l'Islam considère la science une valeur qui raffermit l'humanité de l'homme, et qu'en augmentant sa culture, l'homme accroît son humanisme et sa conscience. Même, nous avons un texte religieux d'après l'Imam Ali ben Ali Taleb (PSL) qui dit: "La valeur de l'individu est celle de ses bons actes", autrement dit, que sa valeur réside en ce qu'il possède de culture et d'expérience. Or, en Islam, la science découle dans ses origines de deux sphères; celles de la contemplation mentale et celle de l'expérience pratique. En conséquence, la science se mouvoit selon deux lignes: une première, intérieure d'après les équations mentales que l'homme effectue et une seconde, extérieure d'après le mouvement de recherche, d'assimilation et d'expérience.

L'Islam considère la science une valeur qui raffermit l'humanité de l'homme.

 

C'est pourquoi, nous croyons que la femme a le droit, comme l'homme, à accéder aux plus hauts degrés de la science. Et Dieu dit dans le Saint Coran: {Et dis: O mon Seigneur, accroît mes connaissances!} (T? H?: 114). Ainsi, l'être humain, homme ou femme, en atteignant une haute culture, quelque soit son degré, ne doit pas s'y limiter, mais, il est de son devoir de poursuivre cet itinéraire qu maximum. Donc, au niveau du cerveau, la femme s'égalise à l'homme. Elle possède un cerveau entier, contrairement à la croyance des peuples primitifs, qu celle a un manque mental. Et le cerveau de la femme se développe, comme celui de l'homme, par la lecture, la contemplation et  l'expérience, même le cerveau féminin peut le dépasser si la femme veille à l'évoluer et le fortifier par les informations et la réflexion.

Alors, la femme est une fille qui se complète avec les membres de la famille à l'ombre de son père et de sa mère. Elle se complète aussi avec son mari pour construire un foyer; et après, une mère qui se complète avec ses enfants en les élevant afin qu'ils soient des éléments actifs. Bref, la femme est une être humain qui, s'imprégnant de forces humaines, participe à enrichir et progresser la vie.

C'est pourquoi, la maternité ne clôture pas la femme, mais elle représente l'un des éléments du sacrifice, du don, du mouvement pédagogique, qui s'ajoute aux autres éléments formant sa valeur humaine.

A ce niveau, j'aimerais bien signaler que le contrat de mariage ne rend pas la femme une propriété de l'homme; C'est que la responsabilité qu'impose ce contrat sur la femme est identique à celle qu'il exige de l'homme. Le contrat oblige l'homme à accomplir ses devoirs conjugaux envers la femme au niveau de la relation sexuelle, en cas normal, de même qu'il l'exige de la femme à l'égard de l'homme. Toutefois, le contrat de mariage n'exige pas de la femme, du point de vue loyal, qu'elle assume les travaux ménagers, l'éducation on l'allaitement des enfants. Au contraire, le travail de la femme au foyer, mérite légalement un salaire, même celui de l'éducation des enfants.

L'Islam demande à la femme qu'elle s'adonne à son foyer, son mari et ses enfants, d'un point de vue humain

Or, L'Islam demande à la femme qu'elle s'adonne à son foyer, son mari et ses enfants d'après le côté humain dans la relation conjugale, qui dépasse le côté légale, car Dieu dit: {Et Il a mis entre vous de l'affection et de la bonté} (Ar-R?m: 21). Donc, l'affection et la bonté gouvernent la relation conjugale sans revenir au côté légal dans les droits et les devoirs; car l'Islam affirme qu les relations humaines tournent dans deux sphères, la première, celle de la loi, déterminant les droits et les devoirs entre les être humains; et la seconde, celle humaine basée sur l'état moral où l'individu donne à son partenaire ce qu'il ne lui doit pas selon la loi.

 Certaines personnes pourraient s'interroger à propos du sens de La Parole de Dieu: {Les hommes ont autorité sur les femmes}. (An-Nis?:34). On pourrait comprendre d'après ce verset que l'homme est le superviseur de la femme, comme on le voit aussi dans la religion chrétienne que l'homme est le gouverneur de la femme. Or, en Islam, l'autorité signifie la gérance, autrement dit, l'homme est le responsable des dépenses et de gérer la foyer conjugal. Mais, il est naturel qu'il demande conseil à la femme car Dieu dit: {Et comportez – vous convenablement envers elles}. (An-Nis?:19). Et le bon comportement signifie le respect de l'autre, de son opinion et de son avis en ce qui concerne les affaires communes.

La tutelle signifie l'administration

Q : Ceci s'applique-t-il sur votre jugement légal (Fetwa) qui dit que la femme a le droit de se défendre en réponse à l'agression de l'homme?

 

R :  Dans ce jugement , nous avons évoqué la question de la légitime défense mentionnée dans la loi islamique. En effet, le verset dit : {Donc, quiconque transgresse contre vous, transgressez contre lui à transgression égale} (Al Bakara : 194). Alors, si l'homme essaie d'abuser de la vulnérabilité de la femme et profiter de son manque de moyen de défense, elle a le droit de le traiter de la même manière afin de se défendre et se protéger. En fait,  l'homme pourrait vivre l'ardeur de sa masculinité et sa virilité et par conséquent, fracturer un bras, une jambe, crever un œil ou causer de graves blessures à la femme. Dans ce cas, elle a le droit de se défendre de la même façon. Et ce qui est vraiment regrettable à cet égard, c'est l'attitude de certains religieux qui ont protesté contre ce jugement en disant qu'il implique des troubles dans la vie familiale et conjugale; à ces religieux, nous avons répondu que ce qui implique ces troubles, c'est l'agression de l'homme.

La légitime défense est un droit humain commun à l'homme et à la femme

   Et nous disons à la femme qu'il lui est préférable de préserver le côté familial mais, si elle se sent obligée de se défendre, et elle ne possède aucun autre moyen pour se protéger, elle a alors le droit de s'entraîner afin d'acquérir la force qui lui permet de se défendre.

   Nous croyons que l'autodéfense est un droit humain; comme la femme a le droit de se défendre, l'homme aussi, possède ce droit au cas où la femme était plus puissante que lui, comme si par exemple, elle était compétente en judo ou en karaté ou autres, parce que la légitime défense est un droit humain pour la femme et pour l'homme aussi. Et nous conseillons aux femmes de s'entraîner à l'autodéfense , surtout que les hommes, dans les pays occidentaux développés et dans d'autres, abusent de la fragilité de la  femme pour l'agresser et violer ses droits au travail. Pour cela, la femme a le droit de posséder la capacité de se défendre dans ces circonstances agressives très nombreuses même à l'occident.

La globalité de la violence contre les femmes

Q :   En France par exemple, chaque jour, une femme meurt à cause de la violence et de l'agression de l'homme contre elle. Qu'en diriez-vous?

R :   De point de vue religieux islamique, nous condamnons cette violence et la considérons comme péché pénalisé par Dieu (G). Dans la région arabe, ou à l'orient en général, il existe ce qu'on appelle "le crime d'honneur", où l'on tue la femme pour une simple accusation de relation sexuelle illégale avec quelqu'un; même lorsque l'affaire ne dépasse pas le niveau de l'accusation, la femme sera tuée par son père, son frère ou son époux. D'ailleurs, nous avons promulgué un édit définissant cet acte comme prohibé, parce que de telles situations doivent être référées à la justice surtout que l'accusation pourrait être fausse.

Nous avons promulgué un édit (Fetwa) prohibant "les crimes d'honneur"

Nous avons promulgué un édit fort et criant contre tous les pays arabes qui réduisent la pénalité du meurtrier dans les crimes d'honneur, et nous aussi dans nos jugements, nous affirmons que nul ne peut imposer à la femme  un époux qu'elle ne désire pas se marier avec, ni le père, ni le frère, ni autre. Au cas où ceci arrive, le mariage sera alors invalide; la femme peut quitter le lieu dans lequel se conclut le contrat pour se marier à celui qu'elle désire, d'ailleurs, le choix libre de l'époux est un élément essentiel dans la conclusion du contrat surtout,  par rapport à la femme et à l'homme.

   Dans nos jugements légaux, nous affirmons que la femme légalement adulte, est indépendante dans ses affaires financières; étant fille ou épouse, ni son mari, ni ses enfants ne possèdent le droit de confisquer ses biens, ni son père, ni ses frères non plus. Financièrement, elle est complètement indépendante. Elle l'est aussi dans le choix de son époux; elle se marie à quiconque elle veut, bien que nous lui conseillons de consulter les personnes expérimentées et qui lui sont fidèles pour ne pas être trompée. Donc, la femme est libre dans ses actions financières avec l'argent provenant de son travail ou de ce qu'elle hérite; ni son mari, ni ses parents ne peuvent rien lui imposer; on excepte les jugements légaux qui lui imposent d'aider ses parents.

L'égalité dans l'héritage entre la femme et l'homme

 

Q :   Existe-t-il existe un jugement légal émanant de Sayyed El-Khouii qui dit que la femme n'a pas le droit d'hériter ni les biens immobiliers ni les terrains?

R :  A mon avis, la femme hérite comme l'homme; certains juristes exceptent l'épouse. Quant à la femme fille et sœur, les juristes disent qu'elle hérite comme l'homme sur le principe du verset : {Au garçon, une part comme celle de deux filles} (An-Nis?: 11),  considérant que l'homme est responsable de la dot et des dépenses de la femme. Cette majoration lui est accordée afin de créer un équilibre dans l'héritage.

   Et selon nous, quiconque est mort n'ayant qu'une fille, la fille héritera tout le bien s'il n'y avait pas de père, mère ou enfants, il en est de même si le mort n'a qu'une sœur. Mais il existe des préserves jurisprudentielles, selon les fetwas de certains juristes, disant que la femme hérite de tout sauf du terrain, et s'il y a un immeuble, elle n'hérite pas de l'immeuble mais de sa valeur. Quant à notre avis jurisprudentiel, nous ne voyons aucune discrimination entre homme et femme dans cette question : comme l'homme hérite sa part complète de la femme, terrain ou autre, elle aussi, hérite sa part complète , terrain ou autre.

La femme a le droit de travailler en politique et elle est indépendante dans sa décision

La légalité du leadership politique féminin

Q :   Etes-vous pour le travail de la femme en politique et dans l'enseignement, en d'autres termes pour qu'elle s'évolue?

R :   Nous considérons la femme comme l'homme; elle peut travailler en politique et voter librement sans que son père ou son époux puisse lui imposer quelqu'un pour l'élire, parce qu'elle est indépendante dans sa décision politique et son choix dans l'élection de la personne qu'elle juge convenable pour le pays. De même, elle a le droit de poser sa candidature pour la représentation du peuple si elle obtient normalement les votes, de donner son avis dans le conseil des députés si elle possède l'expérience politique et aussi d'être désignée comme ministre, premier ministre et en tête d'une administration dans toutes les responsabilités publiques.

Il n'y a pas d'interdiction que la femme assume la haute présidentielle de la nation

 

   On trouve chez les juristes, des préserves sur le fait de désigner une femme comme chef d'état. Quant à nous, nous ne trouvons aucun empêchement dans cette affaire si la femme possède les qualifications et l'expérience qui lui permettent de gérer les affaires du pays, tandis que d'autres ne sont pas de notre avis. Aussi, la femme a le droit de participer dans les affaires économiques, d'ingénierie et dans tous les domaines de  la connaissance pratique si elle y est qualifiée.

La femme a sa personnalité humaine qui lui permet de remplir ses responsabilités dans tous les domaines de la vie

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   En effet, la femme possède deux personnalités : une personnalité féminine et une autre humaine. La personnalité féminine se manifeste dans la vie conjugale ou dans la vie féminine; c'est le cadre dans lequel elle peut s'habiller et se maquiller à sa volonté. Mais en dehors de ce cadre, dans les sociétés mixtes, elle n'a pas à se présenter comme une femelle, parce que ceci pourrait nuire à sa personnalité humaine, comme il lui arrive de nos jours dans les médias où la femme est devenue un objet d'érotisme. D'autre part, à travers sa personnalité humaine, elle peut remplir ses responsabilités dans tous les domaines de la vie. Dans cette question, la femme est tout à fait comme l'homme qui, à son tour, possède la personnalité du mâle et celle de l'humain. Le côté mâle est restreint au côté sexuel dans la vie conjugale, et le côté humain englobe tous les domaines de la vie.

Le 25/02/2009 Ap. J. C / 30/02/1430 H

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