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Ridwan as-Sayyid
Entre Fadlallah et Jumblat

Il ne s’agit pas dans cette intervention d’établir une comparaison entre la « fatwa » de Sayyid Muhammad Hussein Fadlallah (avant hier) et le « communiqué » du député Walid Jumblat (hier) au sujet des actes de violence, des opérations suicides et des attentats qui ont eu lieu dernièrement à Londre et à Sharm el-Cheikh ou qui interviennent quotidiennement en Iraq, en Afghanistan et dans d’autres endroits dans le monde arabe, le monde islamique ou le monde en général. Il s’agit plutôt d’aborder deux manières de voir dont la deuxième a pris forme dernièrement alors que la première est en vigueur notamment dans les milieux arabes depuis les évènements du 11 septembre 2001.

Pour la première, la violence islamique qui a transformé le conflit autour du Moyen-Orient en un conflit international religieux et culturel, n’est pas nécessairement quelque chose de bien, surtout qu’elle fait beaucoup de victimes civiles. Pourtant, la faute y est celle des Etats-Unis et de ses alliés qui soutiennent les sionistes en Palestine, qui ont envahi et détruit l’Iraq et l’Afghanistan avant de déclarer, sous des formes diverses que personne ne peut nier, une guerre sans répit contre l’Islam et les Musulmans. Et comme les Etats arabes et islamiques sont faibles ou subordonnés aux Etats-Unis, les islamistes ont pris ou arraché aux dirigeants de ces Etats le volant de la résistance qu’ils mènent avec les méthodes et les moyens disponibles avec une limite minimale qu’est la haine et une limite maximale qu’est les opérations suicides.

Sayyid Fadlallah ne diffère pas de Jumblat lorsqu’il condamne l’occupation et appelle à la résistance contre elle. Mais il a une autre vision quant aux moyens de résistance, ses justification, ses liaisons réelles ou illusoires et, enfin, ses fondements moraux et humains qui régissent l’action humaine. Ainsi, lorsque, du point de vue de Jumblat, les attentats et les opérations suicides continueront « car la nation arabe et islamique est en situation de défense, et même plus, en situation d’agressée », Sayyid Fadlallah en arrive à constater que « les attentats sauvages qui visent les innocents parmi les Musulmans, les pacifiques et les opprimés qui n’ont aucun lien avec les causes politiques et les protestations revendiquées par les terroristes… ne sont pas des opérations martyres mais plutôt des opérations suicides et criminelles qui ne vaudront à leur auteur que sa propre perte et le châtiment de Dieu ».

Il se peut qu’on dise que ces deux manières de voir se penchent sur deux questions différentes et que, de ce fait, elles ne se contredisent pas. Celle de Fadlallah est religieuse et morale alors que celle de Jumblat est politique et descriptive aussi. Il n’incite pas à la violence mais il dit que la résistance se poursuivra et par tous les moyens tant qu’il y aura agression. Mais en réalité, la vision de Sayyid Fadlallah ne se réduit pas aux seuls aspects religieux et moraux de la question bien qu’ils y sont très importants. Cette vision prend aussi en considération les aspects politiques de la question en parlant des relations, de l’utilité et des rapports. Tuer des civils pacifiques et opprimés n’est pas, en plus de son illicité religieuse et morale, utile du point de vue politique et en terme de libération. Ainsi, et en dépit du fait que tuer des civils pour des raisons politiques est une action illégale, l’absence d’utilité ou de lien avec l’objectif politique, fait de cette action une action criminelle pure et simple.

De son côté, le dirigeant Walid Jumblat aborde dans son communiqué les deux aspects politique et culturel-religieux. Mais les acteurs connus et inconnus des attentats de Sharm el-Cheikh, de Londres, de Madrid, de Riyad, de Bali et de Casablanca se considèrent comme des combattants religieux, c’est-à-dire, ils ne justifient pas leurs actions par une chose autre que la religion. D’où la responsabilité des savants religieux, quant à la poursuite de ces actions pour les qualifier du point de vue religieux, est plus grande et plus prioritaire puisque le Coran dit : ((Tuer ne âme non coupable du meurtre d’une autre âme ou de dégât sur la terre, c’est comme tuer l(humanité entière)) (Coran V, 32). Il S’agit là d’un fondement qui n’est pas précédé par un fondement de rang plus élevé. Quant aux tentatives menées par les textualistes mécanistes au nom de l’Islam, Sayyid Fadlallah les confond d’un seul coup en appelant le monde islamique « à condamner ces actes affreux et à refuser ces mentalités arriérées dans la compréhension des textes islamiques qui essaye de justifier ces actions inadmissibles pour la raison, pour la loi et pour la religion ».

La religion est en danger, la nation est en danger et les Américains et les Sionistes n’ont pas la main sur nos destinées malgré l’ampleur de leur agression. Nos destinées sont entre les mains d’une poignée de jeunes stupides, malades et fous qui cherchent à se suicider mais qui nous tuent en même temps qu’eux et détruisent le reste de nos relations avec l’humanité, avec la morale et avec la religion. Ils ne nous ont pas libérés des Etats-Unis, mais ils les ont rendus plus agressifs. Ils n’ont pas aidé les millions parmi les nôtres qui vivent en Europe, aux Etats-Unis, au Canada et en Australie, mais ils ont été la cause de leur isolation et des mesures restrictives entreprises contre eux. De plus, les Hindous, les Chinois, les Russes, les Thaïlandais et les Philippins sont devenus, au nom de la lutte contre le terrorisme, de plus en plus agressifs à l’égard des minorités nationales et islamiques dans leurs pays. Même Israël a pu, lors de la seconde Intifada, gagner « la bataille morale » (imaginez) faute aux opérations suicides qui ont fait trois fois plus de victimes parmi les Palestiniens. Et puis, om est le jihâd à Sharm el-Sheikh ? Et félicitations à toi, ô président Moubarak pour le cinquième ou le sixième mandat. Je ne sais pas ; les grands « mujahidun » de la terre d’Egypte ont rendu la tâche facile pour toi et contre toi, et il n’y a pas de force et de puissance que par Dieu.

Le quotidien al-Moustaqbal

Le 26/07/2005 Ap. J. C / 20/6/1426 H

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